Dix raisons d’approuver la ZFE.

Le conseil métropolitain vient de voter à une très large majorité l’interdiction de circulation des véhicules étiquetés Crit’Air 5 (les plus polluants) à l’intérieur du périmètre de l’A86.

Cette mesure pour s’appliquer en juillet 2019 nécessite des arrêtés de chaque maire des communes concernées par ce périmètre.

La mesure est d’autant plus brutale qu’elle est le résultat d’une inaction depuis plusieurs années sur le sujet de la part des pouvoirs publics : Etat, Région… et bien d’autres ! Tous les échelons politiques se sont plus ou moins alarmés de la situation mais n’ont pas pris (graduellement) les mesures nécessaires pour améliorer la qualité de l’air.

Les menaces européennes de lourdes sanctions financières pour la France, la prise de la compétence Environnement par la Métropole (sa volonté aussi d’affirmer son existence politique), les procédures juridiques collectives envisagées par les associations, la connaissance de plus en plus fine au fil des années des impacts sanitaires de la pollution atmosphérique ont conduit à cette décision.

Ce n’est pas la fin du monde ! Plus de 200 Zones de Faibles Emissions existent en Europe ! C’est le premier pas concret d’une politique qui s’impose. Certes prise d’une manière désordonnée, certes insuffisamment préparée, mais c’est indispensable ! Car il ne s’agit d’enclencher un mouvement irréversible : une politique de prévention, de protection de la population, de santé publique inscrite dans la durée.

L’impréparation de cette décision, son calendrier contraint justifient-ils que l’on renonce à la mettre en œuvre ?

Non et pour de multiples raisons.

1) Allant à l’encontre de décennies d’inaction, la proposition de prendre des mesures différées n’en posera pas moins problème. S’il est « urgent d’agir » ne faut-il pas s’y mettre au plus vite ?

D’autant que les possibilités réelles de contrôle et de verbalisation étant très loin d’être réunies, la mise en application de cette mesure aura valeur de sensibilisation et de préparation pour la suite, à savoir étendre l’interdiction aux véhicules Crit’Air 4. C’est cette étape qui aura elle un impact vraiment significatif sur la qualité de l’air et nécessitera un report important sur les TC et autres mobilités.

2) Cette période intermédiaire ne pourrait-elle pas justement être mise à profit ? On pourrait par exemple adopter, pour la mise en place d’une zone excluant les véhicules les plus polluants, un calendrier lié à la réalisation du Grand Paris Express et accélérer ce dernier ; on pourrait réorienter une partie du montant financier colossal (un milliard !!!) fléché sur le Roissy Express vers des mesures d’accompagnement en direction des foyers et des professionnels qui devront changer de véhicules et la réalisation des infrastructures métropolitaines permettant une pratique du vélo en toute sécurité… Ce sont ces choix qu’il faut soutenir aujourd’hui pour amorcer les choses.

3) D’une manière générale, et pour ce qui concerne directement notre ville, comment ne pas approuver cette mesure sans amoindrir la légitimité de toutes nos propres revendications et délibérations votées unanimement au conseil municipal ? N’avons nous pas régulièrement pris des positions claires en Conseil municipal concernant la qualité de l’air en demandant l’enfouissement de l’A1 et le traitement des gaz rejetés au niveau de la couverture de l’A1 ?

4) Comment ne pas approuver la mise en place d’une zone de faible émission alors que le Conseil Local en Santé Environnementale a été lancé et que les participants ont retenu comme sujet majeur celui de la pollution due à la circulation automobile ?

5) Comment mobiliser des partenaires dont l’Agence Régionale de Santé, solliciter des financements, construire des partenariats pérennes avec l’Etat, la Région, l’ADEME si on recule devant l’obstacle ?

6) Comment ne pas approuver la mise en place d’une zone de faible émission alors même que notre ville, coupée par deux autoroutes, est située sur la zone la plus polluée de l’Ile de France ?

7) Comment ne pas approuver la mise en place d’une zone de faible émission alors même que pour l’élaboration du Plan local de l’Urbanisme Intercommunal une vaste réflexion est engagée autour des questions d’Aménagement et de Santé qui conduira à des mesures préventives, protectrices, réglementaires favorables à la santé ?

8) Comment ne pas prendre l’arrêté municipal de faible émission quand on sait que cela transformera de fait Saint-Denis en corridor d’accès aux portes de la capitale, notre commune se refusant à faire partie du dispositif ?

9) Comment ne pas prendre l’arrêté municipal alors que cette question de santé publique est majeure. Pourquoi prendre le risque de favoriser le chacun pour soi quand on a l’occasion de fédérer autour de l’intérêt commun pour un air plus sain, des transports de qualité, une dynamique de partage des véhicules, en bref de faire de ce pas décisif un levier pour le mieux être de tous?

10) Pourquoi ne pas au contraire prendre l’arrêté municipal nécessaire à la mise en place d’une zone de faible émission, voire l’étendre à l’ensemble de la ville, en partager l’esprit avec les villes avoisinantes et en faire un combat commun ? A défaut, ne pas prendre cet arrêté c’est prendre le risque de renforcer chacun dans des intérêts et des frontières communales inopérantes au regard de la pollution atmosphérique qui elle n’en connaît pas ?

Le débat est loin d’être épuisé. D’autres mesures sont nécessaires, on pourra y revenir.

Il demeure que le sujet est au croisement de multiples enjeux : nos choix en matière d’aménagement pour favoriser les mobilités actives, de développement de transports en commun, de justice sociale en fléchant l’argent public vers des projets d’intérêt général, de santé publique et de transition écologique.

La mise en place d’une Zone de Faible Emission, fut-elle critiquable dans sa construction hâtive, reste impérative car elle prépare l’avenir.

 

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