Euro 2016 : ramenons le débat sur le bon terrain

Avec l’Euro 2016, c’est une grande fête qui commencera le 10 juin.

Malgré la mercantilisation excessive de cet évènement d’abord sportif, des millions de fans attendent avec impatience le début de la compétition, et en feront un moment festif et populaire. Mais dans le contexte actuel, l’Euro a bon dos.

Certains responsables politiques détournent l’Euro et l’utilisent à des fins politiciennes dans des débats qui n’ont pourtant rien à voir : ils appellent à cesser grèves et manifestations pour ne pas nuire à « l’image de la France », pour être « au rendez-vous » de ce grand événement, et brandissent même la menace terroriste comme argument d’autorité.

L’image de notre pays lors d’une compétition sportive est-elle donc la seule préoccupation qui vaille ? Qu’en est-il de l’avenir de millions de salariés touchés par les modifications du code du travail : leur avenir professionnel mérite-t-il d’être sacrifié pour quelques semaines de compétition ?

Le football ne peut pas servir de paravent aux débats de société, ni au débat politique. Depuis plusieurs années, déjà, le monde du foot, et particulièrement, l’Équipe de France masculine, est un miroir déformant dans lequel la société transfère les questions qui l’agitent : réussite sociale, rapport à l’argent, autorité et éducation, place des « minorités visibles »…

La responsabilité du politique, c’est de ramener le débat sur le bon terrain : celui des idées. L’Équipe de France n’a pas à porter le poids du malaise d’une société tiraillée et profondément divisée, elle n’est pas garante du contrat social. Par contre, les dirigeants de notre pays devraient l’être. Ils devraient dire que pour lutter contre le racisme et toutes les discriminations, il faut éduquer à la mixité, plutôt que de compter sur la composition ethnique de l’équipe de France.

Ils devraient dire qu’il ne sert à rien d’opposer manifestations contre la loi travail et l’Euro 2016, car celui-ci ne changera rien aux conditions de travail et à la fragilisation de l’emploi en France. Ils devraient apporter des réponses politiques aux questions qui agitent la France en ce moment, et face auxquelles, il faut, plus que jamais « être au rendez-vous » : la montée des inégalités sociales et environnementales, la peur du chômage et de la précarisation, la peur de l’autre, et le délitement du lien social.

Agnès Michel, chargée des relations institutionnelles, des acteurs économiques, de la cohérence projet et des relations avec le COP, de la coordination entre le parti et les groupes parlementaires

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