Un témoignage sur les violences policières et la stratégie de tension et répression utilisée de manière systématique par les « forces de l’ordre ». L’irréversible est à craindre comme à Sivens avec la mort de Rémi Fraisse. Une stratégie déjà adoptée lors des manifestations contre le projet d’aéroport Notre Dame des Landes à Nantes en février 2014.

Bonjour a toutes et à tous,

Merci de lire et de faire suivre ce témoignage.

J’avais commence a ecrire un pave racontant la manif du 1er mai, mais d’autres l’ont fait plus vite et mieux (1). Donc je vais me concentrer sur la violence de la repression.

Il faut absolument (faire) prendre conscience de l’importance de ce qu’il se passe, et de la violence démesurée de l’E‰tat francais a l’encontre des manifestant-e-s.
Je ne parle pas de bris de vitrines, ni meme d’un pave dans la gueule, mais de l’usage massif d’armes militaires par les troupes d’un Etat sur sa population. Et les medias mentent comme jamais (ou comme toujours ?), d’ou l’importance de faire suivre ces infos.

Le 1er mai, j’etais dans la « tete de cortege » débordant largement le front syndical de la manif et qui abritait les soit-disant « casseurs ». Nous etions plusieurs milliers de personnes – 12, 15, 20 000 peut-être, d’après plusieurs estimations de manifestant-e-s experimente-e-s.

Beaucoup de gens plutôt jeunes (d’une 15aine a une 40aine d’annees environ), mais pas que, des gens d’age et conditions diverses, hommes ou femmes, syndique-e ou non, avec ou sans travail, peu importait ;
Quelques milliers personnes un tout petit peu equipees pour se proteger (lunettes/masque de plongee et/ou echarpe ou foulard) ;
Et quelques centaines de personnes un peu plus equipees et surtout (mentalement) preparees pour tenir tete aux forces de l’ordre, des personnes qui faisaient pleinement partie de notre cortege, que nous les connaissions ou pas. Celles et ceux qui sont mis en scene par le pouvoir et les medias en tant que « casseurs », pour diviser le mouvement et surtout faire peur aux gens qui n’y participent pas.

Comme ailleurs en France, de manière de plus en plus systématique, les milices de l’E‰tat – policiers, CRS, gendarmes mobiles, agents de la BAC – nous encadraient, nous empechaient d’avancer, coupant à plusieurs reprises notre cortège en tronçons séparées, et nous attaquaient au moindre pretexte, et souvent sans pretexte du tout.
Ils n’ont jamais essayé d’empêcher la moindre « casse » des symboles et structures du capitalisme qui a eu parfois lieu sur le parcours (banques, pubs, intérim, etc.), ce qui est leur excuse officielle pour intervenir n’est-ce pas? Ils s’en sont juste pris à notre cortège, de manière indistincte, sans même viser plus spécialement les manifestant-e-s qui essayaient de nous défendre et parfois de riposter avec les armes et protections de fortune qu’offre la rue (bouteilles, pierres et mobilier urbain, …) et quelques feux d’artifices.

A plusieurs reprises, ils nous ont canardé en pleine foule, à l’aide de nombreuses grenades de types divers – celles qui explosent en detonant bruyamment (GLIF4), en projetant du gaz CS (CM6/PLMP), ou encore des petits plots de plastiques et de métal qui brulent voire se fichent dans les chairs et font des hematomes enormes… (DMP) ; ils nous ont tire au flashball (LBD-40), souvent vers le haut du corps ; ils nous ont projeté des grenades en tir tendu et en tir en cloche, provoquant leur explosion au niveau des torses, des épaules et des têtes (2)

Juste lors de ce court moment, avec ma petite trousse de rien du tout, j’ai du soigner une plaie assez large (15-20cm2) au mollet due a un flashball, 2 blessures aux jambes dues a des grenades de desencerclement (brulures rondes plus grosses qu’une piece de 2e + hematomes larges et profonds), 1 main « foulee » par un coup de tonfa avec probable fracture.
Et tout ça n’est rien à côté de ce que les street medics plus équipe-e-s que moi ont eu à traiter.

J’ai quant a moi recu en plein tibia une cartouche de CS – pas une capsule hein, la cartouche entière avant explosion, contenant 6 palets, soit 200 ou 300g, qui heureusement n’a pas explosee au moment où elle touchait ma jambe… – une cartouche tirée d’un lance-grenade en tir tendu, en plein dans la foule située sur les cotes, alors que l’affrontement était au centre du boulevard. J’ai regretté de n’avoir pas de protèges-tibias.

L’arrivée a Nation – ou plusieurs milliers de personnes de tous horizons criaient « nous sommes tou-te-s des casseur-euse-s – fut encore pire, et les flics ont totalement noye la place (et le metro) sous les gaz et les explosions, sans laisser le moindre espace ou se réfugier, ni la moindre possibilité de quitter la place… Avant de recommencer le soir-même a Republique.

A€ Paris le 1er mai, on compte au moins un oeil crevé, deux doigts arrachés par des tirs de flash-balls, de nombreuses autres blessures plus ou moins graves. Plus d’une centaine de blessé-e-s dénombré-e-s, et ce compte est loin d’être exhaustif. L’équipe de street medics parisienne, bien organisée (et heureusement !), a écrit un communiqué (en pj) concernant la manif du 1er mai dont voici un extrait :

En manifestation nous sommes tous et toutes susceptibles d’etre victimes de violences policieres. Au vu des derniers bilans street medic, c’est tout le monde, passantEs, manifestantEs, jeunes, vieux, enfants, photographes, enerveEs, paisibles qui sont blesseEs legerement ou gravement.

Ce 1 er mai a été particulèrement sanglant, nous donnerons un chiffre approximatif car il ne reflète qu’une infime partie du nombre de blesseEs.

Il y a eu : une centaines de blessures dues aux coups, aux grenades et aux tirs de flash Ball (lbd), entrainant des bruures et des plaies superficielles a tres graves, aux jambes, au visage, aux yeux, au crane, aux mains, aux doigts, au torse, au dos, au ventre, aux bras, aux epaules, aux pieds. Beaucoup de crises d’angoisse, de crises d’asthmes, de malaises, sans parler des traumas psychologiques immediats, ou sur le long terme des manifestantEs comme des street medics.

Sachant qu’il y a eu d’autres manifs en France le 1er mai, et qu’une estimation (tres approximative mais pas forcement sous-evaluee…) d’apres differents groupes de medics et sites de medias independants (3) en France permet de denombrer quelques centaines de blesse-e-s en France le 28 avril – une estimation plutôt basse du bilan de la semaine dernière nous amène à compter entre 500 et 1000 manifestant-e-s blesse-e-s (en deux journees de manifs et d’action !)

Il faut reconnaitre à l’Etat une certaine compétence dans la « sublétalite », comme ils appellent ça (ce qui nous tue moins). Les nombreux blessé-e-s et mutilé-e-s depuis le début du mouvement apprécieront.

Il n’y a pas (encore) eu de morts. Pour combien de temps ?

Face a la répression, des dynamiques collectives commencent à s’organiser.

Il y avait une réunion aujourd’hui a la Bourse du travail de Paris a 17h, et nous en causerons a la Nuit Debout de Saint-Denis ce soir a 18h. Une journée et soirée de soutien et d’echanges aura lieu le 7 mai à Saint-Maurice au Cinema occupé Avesso à Saint-Maurice, une autre le 13 mai à l’université Paris 8.

Mais nous sommes encore trop peu nombreux, face a l’ampleur de la machine de guerre qui nous ecrase. Nous avons besoin de toute l’aide necessaire.

Si déja vous vous renseignez, vous en parlez autour de vous, faites tourner ces infos – si vous nous aidez à briser la chape de plomb des manipulations médiatiques, ce serait un petit truc de plus…
Il y a aussi besoin d’argent, que ce soit pour les frais de justice ou ceux des medics.

Tenez-vous au courant !

Merci par avance de toutes les formes de soutien que vous pouvez imaginez !

Loïc. M., un manifestant (à peine) blessé parmi tant d’autres.

Notes:
(1) Un premier mai sans flicaille, ça n’est pas un premier mai ! ; Ce qu’il s’est passé sur le boulevard Diderot était quelque chose de fort ; Témoignage d’une StreetMedic lors de la manifestation du 1er Mai 2016 à Paris ; Suite au 1er mai : autopsie de la grenade de désencerclement
(2) Vidéo – 1 Mai : Tirs de grenades de désencerclement sur les journalistes et la population
(3) Loi travail – Mutu.mediaslibres.org ; Recensement des violences policières – #LoiTravail – Noblog ; A la une – http://www.anti-repression.fr

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