Retour sur le conseil municipal du 9 avril 2015. Les opérations d’intérêt national. Central Park. Les espaces verts dans les projets d’aménagement.

Le conseil municipal du 9 avril s’est ouvert sur la discussion d’un vœu ayant pour objet de dénoncer la manière de faire de l’État dans ses rapports avec les collectivités. Cette manière de faire peut se résumer en deux notions : autoritarisme pour les uns, laisser-faire pour les autres.

En effet, selon les territoires, la politique de l’État diffère. On peut même dire qu’elle diffère grandement, ce qui pourrait avoir un sens si au final il s’agissait de faire prévaloir l’intérêt général, mais les options qui nous sont présentés sont pour le territoire de Plaine Commune inacceptables.

Inacceptable de constater que l’Etat entend imposer à la Seine Saint-Denis la majorité des Opérations d’Intérêt National pour la production de logement au risque encore une fois d’aggraver les inégalités de toutes sortes.

Pourquoi imposer en particulier à Plaine Commune, aux villes qui composent la communauté d’agglomération des objectifs autoritaires de construction de logement alors même que le territoire est celui qui en construit le plus ?

Pourquoi imposer en particulier à Plaine Commune, aux villes qui composent la communauté d’agglomération une maniète de faire tout à fait contraire à celle qui a prévalu et a abouti en janvier 2014 après plusieurs années de travail avec l’Etat et d’autres partenaires à définir des objectifs dans la cadre d »un Contrat de Développement Territorial sur la base d’engagements réciproques ?

Pourquoi vouloir imposer en particulier à Plaine Commune des objectifs irréalistes de surdensification de certains secteurs du territoire, contraires à la qualité du cadre de vie indispensable en zone dense ? Pourquoi vouloir imposer des objectifs destructeurs, contraires aux besoins des sequano-Dionysiens avec le projet de construire 24 000 logements dans et autour du Parc de La Courneuve ?

Pourquoi vouloir détruire 80 h d’un parc Natura 2000 ? Un vrai objectif urbain (supprimer les fractures urbaines), environnemental (préserver la biodiversité, le climat), sanitaire (lutter contre la pollution), social (construire du logement, créer de l’emploi), serait celui d’agrandir le Parc, de le rendre plus accessible, d’étendre les continuités écologiques sur le foncier disponible en proximité, de reconquérir de l’espace disponible en enfouissant l’autoroute A1.

Osons donc poser l’ensemble des questions : pourquoi mettre en danger le Parc de la Courneuve (imaginons l’empreinte écologique de 24 000 logements (100 000 pesonnes, le quasi équivalent numérique de la troisième ville d’Ile de France, la nôtre après Paris et Boulogne Billancourt) sur et en proximité du parc. La magie du Parc qui réside dans le fait de mettre un moment à distance les bruits et les fracas de la ville serait définitivement mort.

Pourquoi mettre en danger le Parc de la Courneuve alors que la surface affectée à l’aéroport du Bourget, bien plus grande que le Parc est gelée pour un aéroport d’affaires dont le taux d’occupation moyen par vol est de moins de trois personnes, qui générent d’importantes nuisances sonores et le tout à seulement quelques kilomètres de Roissy ?

C’est ce foncier là qu’il faut destiner (raisonnablement) à de l’habitat, en fermant progressivement cet aéroport d’affaires, en relocalisant des activités sur Roissy, en réorientant et en transformant les emplois liés à l’activité d’un aéroport d’affaires en emplois durable avec une valeur et une utilité sociale et économique plus importante.

Si notre région a besoin d’Opérations d’Intérêt National, d’intervention de l’État ce sont celles qui consisteraient à obliger les communes (principalement de l’Ouest) à construire et ici à réduire les fractures urbaines, à combattre la pollution qui affectent nos territoires, à y préserver et à y développer les espaces verts.

Les espaces verts, parlons en.

On lit ici ou là qu’ils font cruellement défaut à Saint-Denis. C’est en partie vrai et faux. Certaines partie de la ville en sont plus ou moins généreusement dotées. Liés au modèle de construction des grands ensembles, les cités et quartiers Cosmonautes, Eluard, Floréal, Saussaie, La Courtille, Sémard, Dourdin ou Langevin s’en tirent plutôt bien, encore faut-il que les espaces y soient entretenus, investis, valorisés. Du côté du centre ville, le parc de la Légion d’honneur ne peut suffire, encore moins dans sa partie publique. Reste à en accroître les accès et l’étendue accessible.

D’autres espaces de proximité restent à reconquérir sur le tout automobile : la place Robert de Cotte comme lieu de convivialité et quelque chose de bien plus conséquent du côté de la Porte de Paris en liaison avec le canal ainsi qu’une véritable reconquête des berges du canal et de la Seine, un parc à la Briche, en tout état de cause la multiplication et le maillage de petits parcs urbains reste indispensable pour assurer une qualité du cadre de vie (usages, adaptation au réchauffement climatique, qualité paysagère)

Reste entre autres la question majeure de la Plaine et de Pleyel et du financement de ces espaces.

C’était un deuxième aspect du vœu soumis à l’examen du conseil.

Celui des moyens financiers accordés aux collectivités qui ont une politique volontariste en terme de logements. Construire du logement nécessite des aménagements et services publics de toutes sortes : voirie, écoles, centre de loisirs, crèches, réseaux de toutes sortes (énergétiques, communications), services de santé (les centres de municipaux de santé), d’animation (maisons de quartiers, antennes jeunesse, ludothèques, espaces verts…

Les finances municipales et communautaires n’y suffisent pas.

Surtout quand on a l’ambition de faire ce qui n’est pas obligatoire : centre de santé municipaux, maisons de quartiers, ludothèques, médiathèques, qu’il faut acquérir du foncier, en mettre quelquefois à disposition pour la réalisation des collèges ou lycées et réaliser des espaces publics coûteux et des espaces verts.

C’est là que les promoteurs et autres aménageurs privés sont mis à contribution pour financer le coût d’une classe d’école (tout confondu c’est 1 million d’euros), la voirie, les espaces publics dont les espaces verts.

C’est là que tout se complique et lire des propos relevant de la démagogie pure et simple ou du fautkonyaka est tout bonnement consternant.

Ainsi sur un blog bien connu le sieur Suger indique péremptoirement : 13 ha disponible du fait de la décision de GDF Suez de ne pas venir à St-Denis, voila de quoi faire un beau parc d’au moins 7 ha (comme le Parc de la Légion d’Honneur) dans le quartier de La Plaine (et il resterait jusqu’à 6 ha pour construire des logements à R+5 maximum bien sûr !…). Voila ce qui serait un beau projet pour la ville et dont pourrait se saisir la municipalité ou du moins l’opposition municipale PS et peut-être, rêvons un peu, le groupe local EELV s’ils se rappellent qu’ils sont censés être écologistes…

Le sieur Suger s’est -il posé la question de savoir à qui appartient le site en question ? Et qui y fait quoi ?

Le sieur Suger peut-il d’un coup de baguette magique exproprier la ville de Paris propriétaire du site et évacuer dans la foulée le site de recherche de GDF Suez implanté là depuis de nombreuses années ? Ou à défaut convaincre au moins le conseil de Paris de nous vendre ces 13 ha pour une bouchée de pain ?

Le sieur Suger s’inquiète t-il de la volonté de Manuel Valls d’imposer la construction de 11 000 logements sur La Plaine et Pleyel ? Non. Du délire de Castro à La Courneuve relayé aujourd’hui jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir ? Que nenni.

Le sieur Suger défait en trois lignes le droit de propriété et transforme la ville de Paris en institution de bienfaisance au service de sa banlieue. Faut-il en rire ou en pleurer ?

Les propos de Suger, isolés et sans fondement ne sont pas graves. Ils relèvent de la démagogie politique. Ce qui est plus gênant c’est de ne pas arriver à partager avec la population ce qu’il en est des difficultés concrètes d’aménagement, du besoin de ressources financières pour accompagner les villes en dynamique de croissance.

Nous reviendrons sur ce sujet concernant La Plaine et Pleyel très vite. Sur ce qui s’y fait et autres sujets de débats.

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