Les muses et la mort, par Shlomo Sand

Texte paru dans Mediapart le 20 août.

Quand tonnent les muses, les canons se taisent : l’adage, habituellement inversé, est très inexact. Les muses de la communication tonnent d’autant plus lorsque les canons, les avions, et les hélicoptères bruissent et crachent leurs feux. Les chaînes de télévision, en Israël et dans le monde, avec leurs journalistes, leurs commentateurs, et leurs envoyés spéciaux ont, entre deux publicités, fait état du sang versé auquel peu d’entre eux paraissaient attacher de l’importance. Une majorité de spectateurs et d’auditeurs, à commencer par les dirigeants du monde occidental, n’ont pas réagi autrement. Ces derniers, après avoir exprimé leur soutien à l’opération israélienne, ont attendu le début de la catastrophe humanitaire pour émettre une critique discrète. Il est plus facile de déplorer les malheurs passés (le « devoir de mémoire »), que d’ouvrir, en grand, les yeux sur les tragédies actuelles.

En Israël, la population ne veut pas vivre avec Gaza ; elle veut seulement conserver le Golan. Israël a quitté Gaza ; il ne demande qu’à coloniser tranquillement sa « Judée et Samarie » (la Cisjordanie), sans en être empêché par un ennemi cruel. En Israël, le peuple prie pour l’extermination du Hamas et de ses partisans, et les plus durs y ajoutent ceux qui, en grandissant,, deviendront des partisans du Hamas. En attendant, le peuple israélien-juif aspire à développer et renforcer l’identité juive de l’Etat, qui n’est pas celui d’un quart des citoyens, non définis comme juifs.

« Aucun Etat normal ne peut accepter d’être la cible de fusées », a affirmé, au début de la guerre, le chef du gouvernement israélien, Benyamin Netanyahou. Il avait absolument raison, mais il aurait aussi fallu lui rappeler qu’aucun Etat normal, dans le monde, ne peut accepter que, dans sa capitale, qui est aussi la capitale du peuple juif, un tiers des habitants soit privé de souveraineté et dépourvu de droits démocratiques. Il y a également peu d’Etats qui refusent obstinément, depuis des années, de définir leurs frontières définitives, dans l’espoir, non dissimulé, de les élargir encore. Peut-être existe-t-il, malgré tout, un lien quelconque entre toutes ces choses « anormales » ?

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http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/200814/les-muses-et-la-mort

 

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