Discours d’Emmanuelle Cosse au Conseil fédéral :  » Comment participer à un gouvernement qui a fait le choix prioritaire de la baisse des dépenses publiques au profit exclusif des entreprises, quand, pour faire de l’écologie, il faut investir, et donc renoncer à l’orthodoxie budgétaire ? « 

Cher-e-s ami-e-s du conseil Fédéral,

Je vous retrouve aujourd’hui après plusieurs semaines d’action politique.
Des semaines intenses de campagne électorale qui se sont conclues sur une discussion politique complexe sur notre participation gouvernementale.

Dimanche dernier, au soir des élections municipales, nous avons prouvé que l’écologie avait fait son retour dans les urnes. En effet, après avoir présenté un nombre record de listes autonomes écologistes, nous avons obtenu plus de 12% au premier tour des élections municipales, au même moment ou l’on constatait un reflux à gauche. Nous avons obtenu de très beaux scores dans de nombreuses villes et fait la démonstration que jouer l’autonomie aux élections locales était un gage de réussite.

Cet engagement pour l’écologie des solutions, l’alternative au quotidien, a porté de nombreuses maires écologistes réélus. Je pense évidemment à Stéphane Gatignon, Daniel Breuiller, Michel Bourgain, Jacques Boutault, Sylvie Couchot, et tant d’autres.

Cet engagement pour l’écologie s’est traduit également par une victoire inédite à Grenoble. Il ne peut pas être là aujourd’hui, mais je tiens à ce que nous félicitions tous chaleureusement Eric Piolle, nouveau maire de Grenoble. Grenoble, 160 000  habitants, dirigée par un écologiste ! C’est une première et une grande victoire !

Déjà à Grenoble, on s’apprête à retirer les caméras de surveillance, on a filmé le premier conseil municipal pour que tous les citoyens puissent assister à l’élection de leur nouveau maire, une autre démocratie locale est en marche pour recréer un lien de confiance avec les habitants !

Ce fut une bataille rude, jusqu’au dernier moment, et la détermination d’Eric, sa patience, ses convictions l’ont emporté.

Je tiens à remercier Eric Piolle et toute son équipe de nous rendre si fiers d’être écologistes, comme Dominique nous avait rendus si fiers en 2008 ! Je pense qu’on peut les applaudir ensemble, parce qu’ils représentent l’écologie que l’on aime et qui marche : celle des territoires en transition, celle des solutions concrètes qui changent le quotidien des gens. L’écologie populaire et de terrain a un nouveau visage et je lui souhaite tous mes vœux de réussite.
Tout cela, c’est grâce à tous les militantes et militants qui ont mené campagne sur la base d’un projet écologiste. Grace aux plus de trente maires écologistes qui renouvellent ou entament leur mandat, mais aussi aux nombreux élu-e-s qui porteront nos couleurs dans les conseils municipaux et les agglomérations, et enfin à toutes celles et ceux qui ont fait campagne pour faire valoir nos valeurs et ne pas laisser le champ complètement libre au bipartisme ou à la haine de l’extrême droite.

Nous avons réussi notre pari aux élections municipales : nous voulions défendre notre projet et nos propositions, imposer la vision écologiste dans le débat.

Nous voulions sortir du rapport de force défavorable dans lequel nous étions depuis la présidentielle. Ce pari est réussi, les résultats sont là.

Ce pari, nous avons réussi à le faire, malgré, il faut bien le dire, le sectarisme et l’hégémonisme de certains de nos partenaires. Dans quelques territoires, on les a vus, n’acceptant pas de voir leur royaume s’effondrer ou simplement être disputé.

Pourtant, les chiffres et les additions sont clairs : sans nous, beaucoup de villes supplémentaires auraient été perdues par la gauche.

Je m’honore ainsi d’avoir montré plus de solidité dans le respect de nos engagements et de nos valeurs. Ce n’est pas toujours facile, mais nous sortons grandis quand nous montrons que nous faisons preuve de plus de cohérence qu’un partenaire affaibli et aux abois.

C’était à la fois mon ambition et mon plus grand espoir quand je suis devenue secrétaire nationale d’EELV il y a un peu plus de trois mois : je voulais que nous retrouvions la fierté d’être écologiste, que nous tournions la page des présidentielles pour prendre un nouvel élan. Ensemble, nous avons tenu bon et nous avons retrouvé le goût et la fierté d’être écologiste. Bravo à toutes et tous.

Mais notre lucidité doit nous conduire néanmoins à regarder aussi l’ensemble des résultats : la déroute socialiste est sans précédent, le Parti Communiste a perdu le quart de ses mairies. La vague à droite n’a épargné personne, pas même les écologistes.
Dans les six ans qui viennent, nous devrons continuer à être actifs, même dans l’opposition, pour ne pas voir remis à zéro les politiques ambitieuses auxquelles nous avions contribué: transports publics, alimentation bio dans les cantines, logements sociaux et abordables, nous savons toutes et tous que la droite locale n’aura de cesse de vouloir détruire ce que nous avions construit.

Sans compter les villes aujourd’hui dirigées par l’extrême droite, où l’on voit que la première préoccupation est de concocter des menus de la honte dans les cantines, plutôt que de s’occuper l’accès aux services publics ou à l’emploi !

Je vous appelle à être vigilant, actifs et offensifs. Les six prochaines années, nous serons présents sur les territoires, élus ou pas. Et dans six ans, nous serons à l’offensive pour gagner, comme à Grenoble !
Cette déroute électorale, et la fracture démocratique qui s’est exprimée, auraient dû aboutir à un sursaut. Nous appelions de nos vœux depuis longtemps un changement de cap. L’intervention du Président de la République lundi dernier a montré qu’il n’avait pas eu lieu.

C’est ce qui a conduit la direction du parti à prendre mardi une décision difficile : celle de ne pas participer au gouvernement Valls, malgré des propositions solides qui nous ont été faites.

Le Premier Ministre nous a fait une proposition simple : diriger un ministère de l’écologie, avec la tutelle sur l’énergie, afin de faire la loi sur la transition énergétique. Une loi qui acte la réduction de la part du nucléaire dans le mix énergétique (50% en 2025). Pas de construction d’EPR, la fermeture de réacteurs. Pas de changement de ligne sur les OGM, ni sur les gaz de schiste. Une réforme de la décentralisation pour aboutir à 10 régions, la mise en œuvre de la proportionnelle et enfin, à demi-mots, la fin de NDDL.

Je l’ai dit, une proposition solide et sérieuse. Dans un contexte incertain et de méfiance.

Nous avons dit non. Cette décision, nous l’avons prise après de longues discussions, d’une grande qualité, sans invectives ni ultimatums. Nous l’avons prise avec responsabilité et gravité.
Car refuser une telle offre, quant on souhaite diriger et gouverner, n’est pas évident. Mais comment croire à de tels objectifs après deux ans de rude bataille au sein du gouvernement ? Comment croire à une évolution sur le nucléaire quand le nouveau ministre de l’économie et celui des affaires étrangères en font des points de leur politique ? Comment avancer sur ces sujets quand la confiance n’est pas au rendez-vous ?

Surtout enfin, comment participer à un gouvernement qui a fait le choix prioritaire de la baisse des dépenses publiques au profit exclusif des entreprises, quand, pour faire de l’écologie, il faut investir, et donc renoncer à l’orthodoxie budgétaire ?

C’est là le paradoxe que nous n’arrivons plus à dépasser. Si on veut créer des emplois, réindustrialiser la France et l’Europe et faire la transition énergétique, nous devons investir dans l’avenir.

Nous avons ainsi pris une décision courageuse, qui n’allait pas de soi. Et je salue en cela la décision de Cécile Duflot et de Pascal Canfin qui ont fait le choix de se retirer pour être en phase avec leurs convictions. Ils nous ont fait honneur pendant deux ans, ont porté nos valeurs au plus haut niveau de l’Etat et les ont transformé en mieux vivre pour nos concitoyens. Leurs lois sont là pour en juger.

Cette position face au gouvernement de Manuel Valls, ne change en rien la ligne sur laquelle j’ai été élue Secrétaire nationale en décembre dernier : nous, écologistes avons vocation à gouverner, à être présents dans des gouvernements de la majorité présidentielle.

Je le répète avec force : nous ne nous mettons pas en dehors du gouvernement par dogmatisme. Nous avons vocation à prendre des responsabilités, à exercer le pouvoir, à peser sur le réel. Notre nature est d’être les actrices et les acteurs du changement. Et nous sommes un parti de gouvernement.

Je le dis à nos électeurs et nos soutiens : non, nous n’abandonnons pas le combat. Non, nous ne baissons pas les bras.

Nous continuerons de nous battre pour la sortie du nucléaire, pour la transition énergétique, contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, pour la réduction de la pollution, contre le diesel.

Nous continuerons à rappeler aux socialistes leurs promesses et leurs responsabilités.

Nous ne laisserons pas être enterrés les engagements que François Hollande a pris devant les Français en mai 2012. Dans ou en dehors du gouvernement, nous continuerons à nous battre pour offrir à la société un projet de transformation écologiste.

Je le dis aussi à vous toutes et tous : secrétaire nationale du parti, j’en suis garante de l’unité. Je ne laisserai cette décision difficile nous désunir, parce que notre unité, c’est notre bien le plus sacré, c’est ce qui nous rend forts pour prendre nos responsabilités. Secrétaire nationale d’EELV, je vais m’atteler à recréer les conditions de la confiance.

Car ce n’est pas l’échec d’EELV aujourd’hui, si nous sommes absents de ce gouvernement. C’est celui d’une majorité et d’un président de la République qui n’a jamais cherché à construire durablement une alliance.

Je vous le dis, nous reviendrons un jour au gouvernement, pas pour nous faire plaisir, mais parce que la France a besoin d’écologie.

Or pour faire de l’écologie, il faut des écologistes. Les premières déclarations de la nouvelle ministre en la matière confirme cet adage :  souhaitant enterrer la taxe poids lourds sous prétexte qu’elle est anti sociale, alors que c’est le manque d’écologie qui fragilise encore plus les plus défavorisés.

L’écologie ne doit pas être punitive, c’est vrai. C’est l’absence d’écologie qui est une punition !

C’est le manque de tramway, de TER ou de bus qui est une punition pour toutes celles et ceux qui ont du mal à se déplacer où qui subissent la pollution de l’air.

C’est l’absence de courage politique face au lobby du diesel, qui nous empoisonne aujourd’hui, et en premier lieu, celles et ceux qui habitent le long des axes de circulation.

Si nous avons souhaité prendre du recul en attendant des actes, c’est avec fermeté mais avec l’espoir de voir, mardi prochain, un Premier ministre annoncer enfin une politique écologique et sociale. Et ce n’est pas de la confiance avec Europe Ecologie les Verts dont il s’agit, cela n’a pas grande importance.

Non, ce qui compte, c’est la confiance avec les Française et les Français. En cela le vote de confiance n’est pas qu’un exercice parlementaire.

Il faut le prendre à la lettre. Nous voulons, avec les Françaises et les Français, avoir confiance dans notre gouvernement, savoir qu’il va défendre les valeurs pour lesquelles le Président de la République a été élu : solidarité, justice et écologie.

Nous attendons du Premier ministre des engagements clairs sur la transition énergétique. Nous attendons aussi qu’il clarifie ces projets en matière de décentralisation et que les erreurs grossières faites avec la loi métropole ne se répètent pas.

Sans parler des dossiers majeurs pour les écologistes, NDDL, Cigeo, Europa City, la ferme des 1000 vaches, le Lyon-Turin, symbole d’une vision passéiste du progrès économique et social.

Je le dis au Président de la République et au Premier ministre, après le Pacte de responsabilité qui nous a divisé, nous voulons reconstruire un pacte de majorité. Redéfinissions ensemble les contours d’un nouvel accord qui nous rassemblera au service des Françaises et des Français.
Chers amis, je vous le redis, l’alliance de la radicalité, de l’alternative et de la responsabilité, l’équilibre entre l’accompagnement des luttes et la nécessaire responsabilité institutionnelle sera toujours ma feuille de route.

Faire de la politique en étant écologiste, c’est faire la synthèse entre une culture contestataire et une vocation majoritaire assumée.

C’est être faucheur volontaire et élu local, c’est squatter des immeubles vides et siéger dans les institutions. C’est concilier le parlementarisme avec l’engagement citoyen, comme le font nos parlementaires semaines après semaines. C’est aussi comme moi, venir d’Act Up, un mouvement activiste qui prenait d’assaut les ministères ou le FMI et diriger un parti de gouvernement pour changer les lois et la vie.

C’est pour cela que je me suis engagée à EELV et j’y ai construit mon engagement. Vous pouvez compter sur moi pour être la garante de ce savant mélange qui fait notre force, de l’équilibre entre ces deux pieds qui nous maintiennent debout.

C’est en réconciliant nos cultures, activistes et réformateurs, que nous atteindrons nos objectifs.

C’est cela incarner l’esprit d’Europe Ecologie : radicalité, alternative et responsabilité. Pour cela nous devons renforcer le parti, faire des adhésions, être encore plus présents dans les mobilisations citoyennes, et conforter notre présence dans les territoires. C’est aussi ne pas s’égarer en opposition stérile et possibilité d’alliance à venir.

La fracture démocratique qui s’est exprimée dimanche dernier appellera sans doute à une recomposition de la gauche.

Mais je le dis à nos partenaires, notamment ceux qui font des adresses à notre conseil fédéral, pas plus que nous sommes le supplément d’âme des socialistes, nous ne serons celui de l’autre gauche.

Nous sommes un parti écologiste, inscrit à gauche, qui a construit sa propre autonomie et sa propre vision du monde.

Le choix n’est pas entre la social-démocratie et la petite injonction anti austéritaire. La vraie alternative, c’est celle de l’écologie politique.

De ce point de vue là, la campagne européenne va nous donner l’occasion de rappeler ce que nous sommes.

Mardi, nous serons à Toulouse pour lancer la campagne des européennes, avec José Bové, Yannick Jadot, Karima Delli, Michèle Rivasi, Pascal Durand, Eva Joly, Clarisse Heusquin, Sandrine Belier.

Nous lancerons notre campagne, – parce que nous, nous ferons campagne- pour une Europe plus forte, plus démocratique et plus solidaire. Nous n’avons pas honte d’être pro européens et parce que nous pensons que, plus que jamais, l’Europe est la solution à nos problèmes.

Vous pouvez compter sur nous pour défendre une autre vision de l’économie, pour que l’Europe apporte des bouffées d’oxygène pour investir dans l’avenir, pour ne pas au contraire asphyxier les économies de ses membres.

Vous pouvez compter sur nous pour défendre l’euro quand les souverainistes s’apprêtent à mener une des pires campagne qu’aura à affronter notre monnaie commune et ce qu’elle représente.

J’en terminerai en lançant un appel. Le contexte actuel donne à voir à toutes les Françaises et les Français un nouvel horizon : celui de l’écologie.

Depuis plusieurs mois, nous avons été au coeur des débats nationaux, nous avons fait la preuve de la sincérité de notre engagement, nous avons fait la preuve de notre efficacité quand nous gouvernons.

Nous avons prouvé qu’une autre politique est possible. Entre l’immobilisme des vieux partis et la posture stérile de l’opposition de gauche, il existe un chemin, celui de l’écologie.

J’invite toutes celles et ceux qui souhaitent nous rejoindre à le faire pour construire avec nous une alternative en France. Je les invite à nous rejoindre dans nos campagnes électorales, dans nos groupes locaux, nos café débat, etc.

Humanistes, citoyens engagés, amoureux des hommes et de la nature, gauchistes voulant mettre la main dans le cambouis, femmes et hommes fatigués des renoncements… à tous les progressistes qui croient qu’un monde meilleur est à portée de main : Europe Ecologie Les Verts vous tend les siennes !

L’avenir est devant nous !

Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale

 

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