Contributions au débat sur la Métropole (12). La métropole du Grand Paris, un choix qui casse une dynamique urbaine, par Patrick Braouezec, président de Plaine Commune

 

Nous publions ici une tribune parue dans Médiapart le 5 août dernier.

L’Assemblée nationale vient de voter, avec les seuls voix du groupe socialiste, « la métropole du Grand Paris ». Le texte est l’œuvre « d’un putsch parlementaire », selon les propos du député parisien Jean-Marie Le Guen.

 

De quoi cet acte est-il le nom ? A leurs yeux d’une reprise en main nécessaire pour faire sortir le débat de la gouvernance du Grand Paris du « blabla » du syndicat mixte Paris Métropole (PM). Au-delà du mépris pour l’engagement d’élus locaux, n’y-t-il pas dans cette décision une volonté de casser une dynamique de construction métropolitaine par la diversité politique et géographique des territoires qui la composent ?

 

On peut s’interroger en effet.

 

Le premier acte de la métropole du Grand Paris serait la dissolution des intercommunalités de la petite couronne. Si dans cette dernière la carte de l’intercommunalité n’est ni achevée, ni parfaite, elle s’appuie de plus en plus sur la promotion de projets de territoire, sur une volonté partagée des élus de maîtriser leur destin commun.

 

Parmi elles, l’expérience de la communauté d’agglomération Plaine Commune est encensée (y compris parmi les promoteurs du texte gouvernemental) pour son apport au développement économique, à la construction de logements, sa coopération, sous forme d’Entente, avec d’autres intercommunalités situées aussi bien en petite qu’en grande couronne.

 

D’autres dynamiques sont à l’œuvre, que ce soit du côté du Val de Bièvre, d’Est-Ensemble, de GPSO, ou Plaine centrale du Val de Marne ; certaines s’affirment, comme Le Mont Valérien, Seine Amont ; d’autres se construisent, comme La boucle Nord.

 

Tous les observateurs attentifs de Paris Métropole peuvent témoigner que cette dynamique intercommunale associée à la notion de « coopérative de villes » permettait de faire reculer les récalcitrants, d’imaginer des « blocs communaux » porteurs de projets de territoires. Les CDT en construction impulsaient cette confiance.

 

Bien entendu, chacun avait conscience qu’il fallait encore progresser mais la dynamique était là pour faire émerger une métropole polycentrique en rupture avec « l’effet frontière » et le développement concentrique, s’appuyant sur la coopération entre intercommunalités, les départements, la région où chacun est comptable, en son sein et pour le tout, de la métropole solidaire et attractive. Ce travail commun aurait permis de poser la question du « millefeuille » à partir des réalités, des réponses aux questions posées et non sur simple injonction idéologique de la commission européenne ou autre.

 

Pourquoi casser ce processus ? Bougeait-il trop les lignes ? « Décentrait-il » trop les regards par rapport au centre, aux classements mondiaux ? Donnait-il trop « de pouvoir d’agir », de démocratie aux territoires ? Donnait-il trop de visibilité au quotidien des invisibles de la globalisation ? Donnait-il trop de place à part égale à la diversité des territoires qui composent la métropole ? Sortait-il trop des chemins de la pensée unique ? Osait-il trop le lien entre projet et gouvernance ? Donnait-il trop la parole aux citoyens ?

 

C’est vrai qu’aujourd’hui avec « la métropole intégrée » sortie du « putsch parlementaire » nous sommes revenus à la proposition du rapport Balladur, à la solution préférée du Medef. Une métropole centralisée en s’extrayant des aspirations des habitants, des dynamiques de territoire pour le « droit à la ville » pour tous est certainement plus intéressante pour la spéculation foncière, pour la métropole « marchandisée ».

 

Les mêmes disent : « Paris Métropole n’a pas construit de consensus ». Aujourd’hui, un constat s’impose : le projet gouvernemental encore moins. Il ne faudrait pas non plus oublier le poids des divergences entre la région Ile-de-France et la ville de Paris sur le périmètre qui ont fortement pesé sur les débats au sein de Paris Métropole. Ces deux protagonistes ont finalement décidé d’entériner la frontière de la petite couronne portée par la proposition de loi, idée qui faisait pourtant consensus contre elle au sein de PM, sauf pour Monsieur Dallier, sénateur-maire UMP de Pavillons-sous-Bois.

 

Après l’épisode du Sénat, rien n’obligeait le gouvernement à revenir avec une proposition dont la logique descendante, annexionniste, s’oppose à une première version qui méritait certes de nombreuses améliorations et de s’extraire de certaines provocations comme son nom « la métropole de Paris » (à croire que certains cherchaient à faire exploser le débat). Paris Métropole s’était inscrit dans cette démarche avec ses 14 propositions.

 

Trop complexe ! Trop long !

 

La complexité est inscrite dans les dynamiques urbaines qui se croisent et s’entrecroisent. Elle ne se règle pas d’un coup de baguette magique. Elle s’affronte par la coopération des « niveaux » autour d’ambitions et de projets porteurs d’amélioration de la vie des gens. Paris Métropole en a été capable au moment du débat sur le « Grand Paris Express » devenu « Nouveau grand Paris ». La mise en place du monstre technocratique et bureaucratique que représenterait la « métropole intégrée » risque d’être longue, très longue, paralysant ainsi de nombreux projets, ravivant les égoïsmes locaux.

 

Il faut revenir aux chemins de la raison. Une voie est possible à partir de ce qui existe. S’affranchir du développement radioconcentrique, encourager les dynamiques intercommunales pour en finir avec la carte en petite couronne, favoriser la coopération sur les enjeux métropolitains à partir d’un « pole métropolitain » ou/et d’un syndicat mixte.

 

Patrick Braouezec, président de Plaine Commune

 

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