Rupture ou continuité avec les années Sarkozy ? Valls a choisi. Autorité rime avec continuité.

« La voix des parents, de l’enseignant, du juge, du policier, de l’élu est trop souvent contestée ».

Manuel Valls

Dans toute carrière publique, une fois que l’on a construit son personnage, et que le bruit qu’il fait revient à son auteur et lui enseigne qui il paraît – celui-ci joue son personnage – ou plutôt son personnage le joue, et ne le lâche plus.

Mélange,  Paul Valéry

Valls

(Photo DR).

Personnage souvent comparé à Nicolas Sarkozy, pris à son propre piège ou pas, républicain sincère ou ambitieux sans bornes, Manuel Valls fait figure depuis quelques années de sarkozyste de gauche ou de socialiste de droite, c’est selon.

Certains s’offusqueront du pléonasme du dernier qualificatif, au vu de la politique menée depuis le 6 mai 2012, pour ne pas remonter plus avant, il est difficile de leur donner tort tant, à la différence de la séquence 1981-1983 ou de la gauche plurielle de 1997, rien ne fut tenté, essayé pour rompre avec le libéralisme économique débridé des années Sarkozy et son cortège idéologique régressif. Il est à craindre que ce triomphe de la vulgarité n’a pas encore épuisé toutes ses cartes à l’image de la désillusion qui depuis mai 2012, n’a pas encore produit l’ensemble de ses effets mortifères.

Quoi qu’il en soit, Manuel Valls fait montre dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault et du Président Hollande d’une constante continuité tant dans les idées qu’il a défendues lors des primaires que sur le fond d’une pensée portée depuis très longtemps par des forces politiques dont l’ancrage à droite n’est pas plus contestable que son inefficacité et son indigence intellectuelle.

S’il est incontestable que notre société (nos voisins européens ou plus éloignés sont loin d’être épargnés)  est confrontée à de sévères et nombreuses crises qui génèrent de multiples formes de violences insupportables qu’il est indispensable selon les cas de réprimer, endiguer, contenir, anticiper et réguler en variant et en ajustant les dispositifs adéquats pour répondre aux actes de délinquance, à la violence et à l’insécurité sociale (chômage de masse, précarité, discriminations territoriales diverses), la posture consistant à invoquer la fée autorité ne résoudra rien.

Elle s’inscrit, à propos du concept d’autorité,  dans la continuité idéologique d’une droite qui crie au laxisme lors des événements de Trappes et crie haro jusqu’au ridicule sur mai 68 ou qui, à gauche, fait ressurgir sans efficacité aucune les relants d’un discours sur les « sauvageons » chers à Jean-Pierre Chevènement, propos inopérants sauf à constater qu’ils ont permis des rapprochements et des transfuges d’une rive à l’autre, de Chevènement à Le Pen à l’image récente d’un Florian Phillipot. Reconnaissons, en tout cas,  à Jean-Pierre Chevènement que la police de proximité relevait d’une autre conception.

Continuité ou rupture ? Valls a  donc choisi.

La rupture avec les années Sarkozy eut été de réintroduire une police de proximité, d’établir un traitement égalitaire des territoires en matière d’effectifs de police, de répondre a minima aux exigences de disparition des contrôles au faciès en instituant le fameux récépissé.

De renforcer aussi la formation des fonctionnaires de police. D’affecter dans les zones les plus difficiles les personnels les mieux formés. D’améliorer par ailleurs les conditions de travail des fonctionnaires de police.

De renforcer les procédures de contrôle, les règles déontologiques d’intervention et d’activité des forces de police, c’est à dire autant d’éléments propres à légitimer aux yeux de tous le rôle de la police. De supprimer enfin le délit d’outrage propre à toutes les dérives.

Répondre surtout concrètement dans la durée, en y mettant les moyens et les forces nécessaires aux multiples comportements qualifiés d’incivilités qui pourrissent la vie quotidienne et minent la confiance des citoyens envers l’État et les autorités publiques (on pense ici entre autres aux rodéos divers pratiqués dans le centre ville dionysien et dans les cités, aux « désordres » insupportables du quartier de la gare que les riverains subissent au quotidien…) plutôt que de pratiquer la gestion territoriale des ZSP au gré des événements et de la gestion des effectifs à l’aune de la réduction des déficits publics. Un coup ici (Saint-Denis), un coup là-bas (Sevran).

Rien, nada, walou. Et ne parlons de politique de prévention, parent pauvre du budget.

Valls a choisi la continuité. Celle de la vacuité d’un discours sur l’autorité propre à prolonger le stérile et inepte consensuel du Tout fout le camp variante sociétale issue du même corpus de « pensée » qui a donné naissance au Tous pourris.

Notons enfin que nous étions habitués au continuum parents, enseignant, juge, policier. Valls et c’est une nouveauté y rajoute l’élu !  Le fondement de la démocratie implique à tout le moins la mise en discussion, la mise sous le regard public, la contestation des actes des élus, a fortiori dans une époque (mais cela est-il vraiment nouveau) ou les promesses sont aussi vite oubliés qu’elles sont prononcées. L’autorité ne trouve-telle pas aussi ici un des ressorts de sa lente déliquescence ?

Un Tous pourris que l’affaire Cahuzac a indiscutablement boosté. Un délinquant au gouvernement. Comment dans ces conditions restaurer les conditions de l’autorité dont le fondement prend sa source dans la légitimité de ceux qui sont censés l’exercer ?

Sur ce point ce serait tout à l’honneur de Jean-Marc Ayrault de ne pas tenir compte du vote majoritaire des parlementaires socialistes au sein de la commission parlementaire rejetant son audition et de répondre présent.

Autorité rime aussi avec honnêteté. A se défausser en permanence, à renier promesses sur promesses, à ne pas répondre aux attentes légitimes, on ne risque pas de restaurer l’autorité, on fait le lit de l’autoritarisme voire pire.

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