De l’autoroute A1 à l’impasse Picou. Les zones Zapa et la protection phonique de la cité Paul Eluard. Retour sur le conseil municipal du 28 février.

M. Ducos-Fonfrède, comme à son habitude, à l’image d’un fervent porte-parole de l’Automobile Club de France, est monté sur ses grands chevaux (un V6 turbo compressé ?) pour s’opposer, en la qualifiant de stupide, à une mesure évoquée en conseil municipal pour réduire la pollution atmosphérique dans les centres urbains traversés par les autoroutes.

En l’occurrence, imposer une limitation de vitesse sur l’autoroute A1 et l’A 86 à l’approche et lors de la traversée des centres urbains afin de limiter la pollution émise par le trafic.

Rappelons que près d’un jour sur deux les seuils de pollutions sont dépassés au niveau de la Porte de Paris, ce que révèle le capteur d’Airparif qui y est implanté et que comme chacun sait les micro-particules générées par les motorisations diesel sont classées cancérogènes par l’OMS et à l’origine de milliers de décès prématurés(42 000 en France annuellement).

Mais de cela, M. Ducos-Fonfrède semble n’en avoir cure. A contrario de toutes les études d’impact, des mesures mises en œuvre en Europe dans le cadre des Zones à Faibles Emissions dites LEZ (Low Emission Zones) où l’accès aux véhicules est réglementé selon leur niveau d’émissions, a contrario des résultats probants de la limitation de vitesse mise en œuvre lors d’épisode de forts trafics (chassé-croisés de départ en vacances…) M Ducos-Fonfrède (plus familièrement désigné sous le nom de Ducos, mon pote Ducos comme dirait Mr Labaune) ne vise qu’un objectif : la fluidité. Le seul problème à ses yeux c’est qu’il aimerait pouvoir sortir vite de Paris et y rentrer aussi vite.

Ainsi, a contrario de faits établis, M. Ducos-Fonfrède pense que non il faut pas réduire la vitesse, il faut assurer la fluidité. Comment ? On ne sait pas. Il véhicule (sic) surtout une vieille rengaine, reprise à l’infini, par les défenseurs de la voiture : ne nous mettons pas des bâtons dans les roues, la main invisible de la liberté de circulation réglera le problème.

Une liberté qui s’accommoderait parfaitement de la mise en place de péages urbains ne permettant qu’aux riches de se déplacer, de pénétrer dans les centres urbains, de posséder les véhicules les plus récents, les moins émetteurs de polluants peut-être, souvent particulièrement puissants et sûrement forts émetteurs de gaz à effet de serre.  On s’en fout du moment que c’est fluide ! C’est bien connu, une circulation fluide réglera le problème des 310 000 décès prématurées en Europe dus à la pollution (plus que dans les accidents de la route) et nous fera faire l’économie de centaines de millions d’euros en dépenses de santé.

Circulation fluide pour le riche, pollution et assignation à résidence pour les pauvres. Tout un programme.

Zones Zapa. C’est cette vision discriminatoire et écologiquement imparfaite (interdiction de circulation à la partie du parc automobile le plus ancien, pas de prise en compte des émissions de CO2) que Plaine Commune et les collectivités territoriales, candidates à l’expérimentation de zones ZAPA (Zones d’Actions Prioritaires pour l’Air), ont refusé à juste titre de mettre en œuvre.

Un refus motivé de la part des collectivités par l’absence de prise en compte  de problématiques communes aux différents territoires et, a fortiori, de celles qu’ont révélées les études pour ce qui nous concerne directement :

–     47% des dionysiens ne possèdent pas de véhicules

–     les véhicules les plus anciens (possédés par les populations les plus modestes) sont ceux qui roulent le moins et participent ainsi pour une très faible part à la pollution

–     des transports publics non adaptés aux horaires atypiques de nombreux salariés du territoire les contraignent à la possession d’un véhicule.

Ainsi, en l’absence de mesures d’accompagnement pour les foyers les plus modestes permettant de renouveler le parc automobile ancien, les collectivités dont Plaine commune ne pouvaient que refuser la mise en place de zones ZAPA discriminatoires, peu efficace en matière de lutte contre la pollution, et ne prévoyant par ailleurs rien concernant le parc diesel, premier émetteur de micro-particules toujours soutenu par d’importants avantages fiscaux. La question des émissions de CO2 était à cette occasion soulevée par Plaine Commune car quitte à avoir des préoccupations environnementales et de santé  autant poser l’ensemble des problèmes.

Dans l’expérimentation ZAPA de plus, l’État ne mettait pas en œuvre les moyens de contrôle adéquat nécessaires à l’échelle nationale concernant les restrictions de circulation pour assurer l’égalité devant la loi de tous les citoyens sur l’ensemble du territoire.

Enterré en septembre 2012, le projet de zones ZAPA a laissé place à une série (38) de timides mesures qui nous ont été annoncées par la ministre Delphine Batho le 6 février en renvoyant les questions épineuses du financement et du diesel aux conclusions du comité sur la fiscalité écologique.

Eric Quiquet, Président de la commission 
Transport urbains – Plan climat  de Lille Métropole, fut particulièrement incisif sur le sujet déclarant que l’évitement de cette question entamait sérieusement la crédibilité de la démarche du ministère.

Reste donc ouverte une question majeure de santé publique qui non réglée entrainerait des amendes européennes dont le montant s’élèverait à plus de 100 millions d’euros annuels et de pénalités journalières conséquentes (240 000 euros). En toute bonne logique, il s’agit d’investir vite et commercer à prendre à bras le corps ces problèmes plutôt de d’être contraints à ces fortes mais légitimes amendes.

Diesel. La Cour des comptes s’en mêle. Depuis, toujours à la recherche de ressources financières nouvelles pour combler le déficit des finances publiques, la Cour des comptes propose d’aligner la fiscalité du diesel sur celle de l’essence. Le souci comptable va-t-il booster un indispensable plan de réduction du volume des véhicules diesel qui représentent près de 70% des véhicules en France. (Cette motorisation est par exemple interdite au Japon, ce qui est loin d’avoir constitué un handicap pour les constructeurs automobiles nippons).

La ministre Delphine Batho a saisi la balle au bond pour répéter qu’il faut traiter cette question de façon progressive mais… qu’il n’est pas question, entre autres, par exemple de taxer le kérosène pour ne pas fragiliser les opérateurs aériens.

Nous verrons donc si dans quelque temps il sera aussi question de ne pas fragiliser les constructeurs automobiles ou les transporteurs routiers… et qu’il sera urgent de… reporter des mesures urgentes en terme de santé publique.

L’éventualité de mesures d’accompagnement type primes à la casse qui avaient été écarté par la ministre lors de la réunion du 6 février avec les collectivités locales refait surface puis disparaît. Cela aurait fait le grand bonheur d’Arnaud Montebourg, notre ministre du redressement productif si cela constituait un moyen de relancer en France les ventes de véhicules français (de préférence à marinière donc !) roulant au diesel français, ce qui est impossible (le client est roi). D’autant que toute mesure coûteuse sera d’abord soumise au feu vert de Bercy qui de Cahuzac en Moscovici agiteront le spectre du déficit des finances publiques… On connaît la chanson !

Le PDG de Renault, Carlos Ghosn vient lui d’apporter son soutien « à l’avantage compétitif du diesel ».

La taxe carbone, écologiquement indispensable mais injuste socialement telle qu’elle avait été conçue, a été enterrée sous Sarkozy. Qu’en sera-t-il de la fiscalité écologique ? Affaire à suivre. On reste quand même surpris du silence de Marisol Touraine. N’est-elle pas ministre de la Santé ? Seule Cécile Duflot est montée au créneau sur cette affaire.

On peut donc nourrir les plus grandes craintes quant à l’arbitrage du Premier ministre dans cette affaire. Justice sociale et santé publique, combiner ces deux impératifs devraient pourtant guider fermement le gouvernement !

Une crèche impasse Picou. Partisan acharné de la fluidité autoroutière s, adversaire résolu des limitations de vitesse, porte-parole du turbo-compressé, on comprend pourquoi M Ducos-Fonfrède ne fréquente pas les impasses. Il ne sait donc pas ce qui s’y passe. Et c’est ainsi que dans son esprit, surgit, d’un monde obscur venu d’ailleurs, un fantasme nommé Picou.

Expert sur les questions de transports routiers, M Ducos-Fonfrède est aussi un spécialiste averti de la petite enfance, il a donc jugé bon d’expliquer, lors du conseil municipal de ce 28 février, qu’il faut se méfier du projet de crèche, Jardin Picou, impasse Picou.

Aversion irrépressible d’un amoureux de l’automobile pour les impasses, que nenni, M. Ducos-Fonfrède se veut lanceur d’alerte : des parents seraient associés à des professionnels pour accueillir les enfants au sein d’une crèche ! C’est fou !

Des parents associés, une participation de la Caisse Allocation Familiale, un accompagnement de la ville, une garantie d’emprunt. C’est l’enfance en danger !

Et pourquoi donc ? M. Ducos-Fonfrède nous explique que la méthode éducative (dont il ne connaît pas le nom, quand on est multi-spécialiste on ne peut pas tout retenir) à laquelle se réfèrerait les parents, serait… très décriée, il l’a lue… dans la presse… Et pourquoi pas Vu à la télé pendant qu’on y est…

Voyons le procédé et rappelons les propos : « Il y a eu des bruits, peut-être faux »«La méthode éducative était très violemment critiquée par un certains nombre des responsables pédagogiques de l’enfance et posait un certain nombre de problèmes psychologiques graves » « Si l’on veut s’orienter vers des crèches sectaires, … vous en entendrez parler longtemps »« Cette crèche semble, semble, je vais utiliser des mots doux, devoir s’inspirer de méthodes qui sont violemment critiquées par le monde médical de l’enfance, je ne sais pas comment ils ont eu gain de cause auprès de la CAF, certainement en cachant une partie du dossier »

Ainsi, on part de bruit, on colporte des rumeurs, on s’interroge tout en disant « certainement en cachant une partie du dossier ».

Pour finir par un truisme confondant : « Lorsque les parents sont dérivants, il peut y avoir un problème au niveau des enfants ».

Méconnaissance des sujets – en l’occurrence un inoffensif projet d’éducation alternative et non violente, attentive aux rythmes des enfants, à leur créativité, aux éléments naturels et attentif à être socialement accessible – et des projets portés de longue date par des citoyens, insinuations répétées, propos jetant le discrédit sur une initiative citoyenne exemplaire… On aura tout entendu.

La droite nous avait habitué à faire de la responsabilité individuelle et parentale, du sens de l’initiative, du refus de tout attendre des institutions une panacée. Et là elle agite l’épouvantail d’une potentielle démarche sectaire et dénonce l’horreur à nos porte(s) (de Paris) où pourraient sévir, au sein d’une crèche, des « parents dérivants ».

Ce soir-là, une partie de la droite dionysienne (toujours la même) a encore montré son vrai visage, le pire. Il est vrai qu’il fallait tenir son rang, M.Labaune n’étant pas là, son pote Ducos a fait le boulot.

Protection phonique Paul Eluard. L’étude avant-projet a été rendue. Il s’agit maintenant de réunir les financement croisés pour la réalisation d’un ouvrage nécessitant plus de 6 millions d’euros. Saint-Denis, Plaine Commune, la Région ont acté leur participation au financement.

Reste la participation du Conseil général qui n’est pas acquise et celle de l’État. La bataille n’est donc pas terminée.

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