1) Dossier/L’école aujourd’hui. 1998-2013. « On veut des moyens. Nous ne sommes pas des moins que rien ».

Un conseil municipal extraordinaire s’est tenu samedi dernier, 16 février avec pour objectif d’adopter un Manifeste pour l’Éducation (à lire et signer ici). Manifeste dont l’intention première est de dénoncer la situation catastrophique dans les établissements scolaires de la ville et du département.

–     enseignants absents non remplacés

–     dotations  financières inférieurs de 47% sur l’académie de Créteil à laquelle le département est rattaché par rapport à l’académie de Paris

–     résultats en deça de la moyenne nationale

–     taux de scolarisation des enfants de moins de 3 ans inférieur à 1% quand la moyenne nationale est supérieure à 13%

Cette situation est un des aspect des discriminations territoriales que subit notre ville en matière de services publics sous-dotés et notoirement insuffisant à l’image des locaux de la Poste, des effectifs et de l’état des locaux de la Police Nationale en centre ville, du déménagement de la CAF, du départ de la CNAV, la situation du Trésor Public, les menaces sur La Banque de France, la fermeture de l’antenne Pôle-emploi de la rue de Toul… La liste est malheureusement très longue.

Pour ce qui concerne le service public de l’Éducation, c’est une insulte permanente pour l’avenir des enfants de notre territoire, une angoisse pour les parents, des difficultés quotidiennes supplémentaires pour les familles sollicités en cas d’absences d’enseignants, des conditions de travail dégradées pour les équipes, des conditions de sécurité et d’encadrement affaiblies.

A ces discriminations s’ajoutent au fil des ans une stigmatisation du territoire et une image, qui véhiculée sans nuances par les médias, ne fait qu’aggraver la situation.

Celle-ci n’a que trop durer. Elle a été dramatiquement aggravée pendant les années de la présidence Sarkozy, au nom de la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques). Elle ne peut plus durer car elle affecte gravement l’idéal républicain d’égalité.

Égalité de traitement, égalité de moyens, ces exigences légitimes qui fondent le pacte entre tous ne sont ainsi présentes dans notre ville et dans le département.

Les espoirs mis dans le changement espéré après mai 2012 sont loin d’être comblés, ni inflexion notable, ni engagement de rattrapage ne sont au rendez-vous. S’il est certes difficile de rattraper en quelques semaines une situation aussi dégradée, elle impose une volonté, une détermination à changer la donne.

Ces éléments ont été amplement soulignés samedi matin.

Les enseignants par la voix de collectifs ou de syndicats ont fait part de leur colère légitime, de leurs difficultés, de leur indignation concernant cette situation.

Situation bien pire qu’en 1998, où à l’issue d’une grève qui avait rassemblé enseignants, élèves et parents solidaires, le plan de rattrapage exceptionnel obtenu avait permis de renforcer les effectifs affectés au département de 3000 postes.

Situation bien pire donc et qui s’annonce aussi catastrophique pour la rentrée 2013.

La grève de 1998 fut maintes fois évoquée tant un mouvement de même ampleur se justifierait aussi aujourd’hui.

Le contexte dit « des finances publiques » serait-il moins favorable qu’en 1998 qu’il n’en est pas moins justifié qu’un plan de rattrapage immédiat reste indispensable sauf à entériner le sacrifice potentiel de milliers d’élèves contraints à des conditions de scolarité au rabais avec les conséquences que l’on connaît comme le montrent les taux de réussite au brevet des collèges et au bac qu’il soit général ou professionnel dans le département.

Ces résultats, reflet bien entendu de la sociologie d’un territoire composé très majoritairement de familles aux revenus modestes, composés de nombreux foyers mono-parentaux, de nombreuses familles aussi dans lesquelles la langue française n’est pas la langue d’usage justifieraient a fortiori des moyens renforcés, supplémentaires afin de lutter contre les inégalités sociales et assurer l’égalité des chances.

Il n’en est rien, tout au contraire. Des milliers d’élèves, petits et grands se sont succédés sur les bancs des écoles, le plan de rattrapage de 1998 a été progressivement rogné, 15 ans ont passé, la situation a empiré, les enseignants, les élèves, les parents de 2013 ont toutes les raisons de rappeler qu’ils ne sont pas, comme le clamaient leurs prédécesseurs, « des moins que rien ».

Ce débat doit permettre de développer la convergence d’intérêt entre tous les acteurs de la communauté éducative, enseignants, parents et pour la part qui lui revient la collectivité.

La question des rythmes scolaires est venue percutée cette nécessaire lutte commune à construire faisant apparaître un choix de la collectivité comme contradictoire avec une logique dynamique fédérant les différents acteurs.

Il n’y a pas d’intérêt divergent entre la qualité des conditions de travail des enseignants et une nécessaire refonte des rythmes scolaires, cela doit aller de pair, cela doit être conjugué à l’aune d’un objectif majeur : la meilleure organisation possible du temps scolaire réparti sur l’année, la semaine, la journée en vue d’offrir les conditions optimum d’acquisition des connaissances, de réduction des inégalités sociales et des différences de capital culturel.

La qualité des conditions de travail des enseignants dépend étroitement de la qualité d’attention des élèves, la qualité des conditions de travail des enseignants dépend aussi étroitement de la satisfaction que procure les progrès, le parcours des élèves, la réussite du plus grand nombre.

La réforme des rythmes scolaires qui entend revenir sur la mise en place, condamnée par tous, de la semaine de quatre jours ne règlera pas toutes les dimensions de la crise profonde du système éducatif français, pas plus qu’elle ne règlera, loin de là, les questions de discriminations territoriales.

En effet, outre l’indispensable égalité de moyens, la véritable refonte du système scolaire français passe par des pratiques pédagogiques renouvelées, innovantes, une redéfinition des contenus, la mise en avant d’un esprit basé sur la coopération dans l’apprentissage plutôt que sur la compétition, une place plus grande laissée au parents, une ouverture de l’école sur le quartier.

La remise en cause de la semaine de quatre jours condamnée par tous les acteurs est un premier pas, toute la question est de la mener d’un pas assuré, au bon rythme, avec une bonne boussole et un bon instrument de mesure nous permettant de juger si nous allons dans le bon sens : un mieux-être à l’école pour les élèves, les enseignants, une politique active et continue de qualité en matière d’activités péri-scolaires.

Un pas assuré : cela nécessite de réduire les incompréhensions, les maladresses, les postures politiques variables au profit d’un projet clair.

Au bon rythme : sur ce point le débat a tourné entre deux options, mise en place dès la rentrée 2013 ou en 2014.

La question du calendrier est importante mais pas majeure, ce qui l’est en revanche ce sont les objectifs à atteindre et c’est cela qui doit servir de boussole à notre action en mettant au centre du dispositif l’intérêt des enfants, le service rendu aux familles :

–     la qualité de l’accueil du matin

–     la nature et qualité des activités péri-scolaires dans les centres de loisirs, leur organisation renouvelée

–     l’objectif de gratuité de la plage horaire 15h45-16h30

–     l’accroissement du nombre d’enfants sur la ville ayant accès à des activités sportives, artistiques

Ces objectifs, leur mise en œuvre constamment évaluée, réévaluée, nécessitent-ils de lancer la réforme à la rentrée 2013 et d’améliorer en continu, d’ajuster le dispositif en bénéficiant d’une situation réelle ou faut-il reporter en 2014 et parfaire un dispositif construit sur le papier avant son application ?

C’est à l’aune des objectifs à atteindre que l’option sur le calendrier doit être tranchée. Le choix du mercredi ou du samedi doit aussi s’apprécier dans ce contexte.

Reste une question majeure qui ne souffre aucun débat : l’exigence d’un plan de rattrapage immédiat, pour cela nul n’est besoin d’attendre septembre 2013 et encore moins septembre 2014.

Enseignants, parents, élèves et élus du 93 doivent le crier encore plus fort qu’en 1998 : « On veut des moyens, on est pas des moins que rien ! ».

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