Comment va la planète en 2013 ? Les excellentes nouvelles se succèdent… (2)

Les tourbières captatrices puis émettrices de CO2

Les tourbières, ces zones humides riches en matière organique, ne couvrent que 3 % de la surface terrestre du globe. Mais elles emmagasinent environ 30 % de la totalité du carbone stocké dans les sols. Plus que les forêts, elles sont des puits de carbone et joue un rôle capital pour la régulation du climat de la planète.

Or, sous l’effet du réchauffement, ces milieux pourraient se comporter non plus en puits, mais en sources de CO2. Renforçant ainsi l’effet de serre au lieu de l’atténuer. C’est ce que montre pour la première fois une étude, publiée à la fin du mois de décembre dans la revue Nature Climate Change. Le réchauffement modifie la végétation en faisant disparaître les mousses qui assurent l’essentiel de l’accumulation du carbone, ce changement de végétation modifie donc tout le fonctionnement des marais tourbeux. En outre, les racines des nouvelles plantes ont aussi pour effet de stimuler l’activité microbienne dans le sol, ce qui accélère la décomposition de la matière organique et donc le relâchement de carbone dans l’atmosphère.

Le réchauffement constitue donc un péril supplémentaire pour ces pièges naturels à carbone, aussi précieux que fragiles.

Pollution radioactive de l’océan arctique…

En 2009, l’ONG française Robin des Bois avait déjà répertorié 2 750 sites pollués par des produits chimiques. Cette fois, elle s’est attachée à des atteintes à l’environnement parfois plus diffuses, mais aussi plus durables. Deux années de travail ont été nécessaires. L’inventaire devrait être achevé au 1er semestre 2013, mais la très sérieuse revue Contrôle de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), en a déjà accueilli, dans son numéro de novembre, les premiers éléments.

« Nous avons voulu avoir une vision circumpolaire de tous les sites pollués,explique Jacky Bonnemains, président de Robin des Bois. L’océan Arctique est un gigantesque vivier de poissons pour les populations indigènes qui s’en nourrissent et dont la santé est au premier chef menacée, mais aussi pour la planète, à laquelle il fournit, avec les eaux subarctiques, de 20 % à 30 % de ses ressources alimentaires marines. » Ce n’est pas le seul danger. La fonte de la banquise polaire et le dégel du permafrost, poursuit-il, vont « remobiliser des substances radioactives » qui, jusqu’alors prisonnières des glaces, risquent de se disséminer dans les écosystèmes.

« La pollution radioactive de l’Arctique ne vient pas seulement, comme on le pense parfois, de pays éloignés, par exemple des usines de retraitement de La Hague[Manche] ou de Sellafield [Grande-Bretagne], dont les rejets, transportés par les courants, peuvent se concentrer dans certaines zones, commente Miriam Potter, chargée de mission au sein de l’association. Elle est issue, en grande partie, d’activités menées sur place. »

Mais l’Arctique ne paie pas seulement la facture du passé. Les activités minières actuelles, de même que les forages pétroliers et gaziers – il y en a plus de 4 000 en Alaska, au-dessus du cercle polaire –, génèrent des déchets à « radioactivité naturelle renforcée ».

Des opérations de décontamination ont certes été engagées mais les zones touchées sont immenses, la pollution disséminée et les crédits insuffisants. « Les gouvernements doivent faire preuve de transparence sur les produits radioactifs qu’ils ont entreposés ou dispersés. Et il faut organiser un suivi radiologique des sédiments, des poissons et des populations », plaide Jacky Bonnemains. En attendant que le fragile Arctique bénéficie, un jour peut-être, d’un statut protecteur comparable à celui de l’Antarctique.

Capter et enfouir le gaz carbonique et récupérer des métaux lourds ?

Encore au stade expérimental, le captage-stockage du CO2 est l’une des pistes explorées pour limiter l’effet de serre. Selon l’Agence internationale de l’énergie, près de 20 % des rejets mondiaux de CO2 dans l’atmosphère pourraient ainsi être évités, à l’horizon 2050. Quelque 130 démonstrateurs sont en cours de développement ou en projet, principalement aux Etats-Unis, au Canada, enAustralie et en Chine. Mais il n’existe que très peu de sites opérationnels.

L’Ineris a mené un essai grandeur nature. Une solution de 3 m3 d’eau saturée en CO2 a été injectée dans un forage puis repompée. L’analyse physico-chimique de l’eau, avant et après injection, a révélé qu’elle s’était chargée en différents métaux, particulièrement en zinc, en fer et en manganèse, dont les concentrations respectives ont été multipliées par 25, par 13 et par 5. Mais aussi en arsenic, dont la teneur a doublé.

« Des contaminants naturellement présents dans la roche-réservoir peuvent être libérés, parfois dans des proportions importantes, par les interactions avec le CO2 qui acidifie le milieu », explique Pierre Toulhoat, directeur scientifique de l’Ineris. Les métaux lourds libérés, potentiellement toxiques (arsenic, plomb, zinc, cuivre, uranium…), remontent jusqu’aux nappes phréatiques, situées plus haut et alimentant, elles, les réseaux d’eau potable.

La possibilité d’une contamination de l’environnement, sur le long terme, par un relargage de métaux lourds, doit désormais être « étudiée de manière plus approfondie », estime l’Ineris.

Autre danger bien connu, la remontée possible de gaz par une faille : le dioxyde de carbone est létal à une concentration de 10 % dans l’air. En 1986, au Cameroun, un dégazage brutal, dans le lac volcanique Nyos, a provoqué la mort de 1 700 personnes.

Publicités