De Sarkozy à Hollande, le crime de lèse-majesté

En l’an 2009.

Lors d’une visite de Nicolas Sarkozy à Laval, Hervé Eon, un citoyen brandi une pancarte avec le slogan « Casse-toi, pov’ con », reprise d’une sortie célèbre du président lors d’une visite au Salon de l’Agriculture de 2008.

Interpellé par la police,  le ministère public le poursuit devant le tribunal correctionnel du lieu qui le condamne pour offense au chef de l’État (art. 26 de la loi sur la Presse), et non pour insulte (art. 33 de la même loi). Ayant fait appel de la décision, la cour d’Angers confirme le chef d’inculpation d’offense au président de la République, et la peine symbolique d’amende de 30 euros avec sursis. Son pourvoi en cassation est ensuite rejeté.

En l’an 2012.

Afin d’interpeller le président de la République sur leurs conditions de vie et leur pauvre retraite, d’anciens agriculteurs de l’Aisne lui ont envoyé des lettres remplies de miettes de pain. Une initiative symbolique qui n’a pas plu au chef de l’Etat : les expéditeurs font aujourd’hui l’objet d’une enquête du parquet de Paris.

Le chef d’accusation ? Offense au président de la République. Ils encourent jusqu’à 45 000 euros d’amende.

Février 2084.

Des milliers de partisans du Parti Populaire du Président du Changement se pressaient encore ce matin sur la place de la Liberté Juste et Durable où s’affichaient les noms des personnes condamnées au galère ou recherchées pour offense au chef de l’État.

Inquiets d’y voir leurs noms, de nombreux administrés se pressaient devant les panneaux lumineux. La consultation des listes devrait durer jusqu’à demain.

Les forces de la Police Juste et Durable ont procédé par intermittence à de nombreux contrôles d’identité biométrique en indiquant que ceux qui se seraient enregistrés de leur propre chef auprès des autorités bénéficieraient de la mansuétude du Président du Changement, réélu guide du Parti Populaire du Président du Changement.

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