Après la réunion tripartite de 8 novembre à Bobigny, entretien avec Philippe Julien, secrétaire de la CGT PSA Aulnay : « Le gouvernement se retire du jeu et laisse PSA licencier sans aucun engagement »

Philippe Julien, secrétaire de la CGT PSA Aulnay lors d’une journée de mobilisation. (DR).

A quelques mois des premières déclarations du gouvernement et en particulier celles du président de la République qualifiant le plan de PSA « d’inacceptable », on est passé maintenant à une phase de négociation du plan de PSA. Comment expliquer cette évolution ?

Depuis le mois de juillet où l’annonce officielle du plan a été faite, nous sommes retournés voir François Hollande qui nous a fait la promesse de nous recevoir, suite à la mobilisation des salariés, la rencontre a eu lieu au mois de septembre et l’annonce a été faite de la mise en place des réunions tripartites, PSA, gouvernement et syndicats pour ouvrir les discussions. Deux réunions ont eu lieu depuis, une à Bercy avec Arnaud Montebourg, la deuxième cette semaine à Bobigny avec le préfet du 93. On doit dire qu’on est vraiment déçus puisqu’en réalité, le gouvernement, le ministère, la préfecture entérinent les déclarations de PSA, à savoir l’absolue nécessité de fermer le site d’Aulnay et qu’à défaut cela fragiliserait l’entreprise. De notre côté nous continuons à contester ce diagnostic et nous continuons d’affirmer que l’entreprise a tout à fait les moyens de poursuivre la production de la C3, ce que nous continuons à réclamer, voiture qui par ailleurs se vend toujours très bien. Elle est passée de la quatrième meilleure vente à la troisième place au niveau européen et elle reste la voiture la plus vendue de tous les modèles du groupe. Nos incompréhensions sur la fermeture d’Aulnay restent entières. Notre revendication de continuer à produire la C3 jusqu’à la fin de la commercialisation de ce modèle reste d’actualité. Dans la mesure où nous sommes lâchés par le gouvernement et que les experts abondent dans son sens, on est obligés de tenir compte des attentes des salariés. Des salariés qui maintiennent la revendication de production de la C3 sur le site mais constatant que PSA continue à dérouler son plan social, ils ont la crainte de se retrouver à Pôle Emploi sans formation et sans rien.

Donc vous prenez acte du fait que le gouvernement se cale sur la position de PSA, sur la position des experts qui préconisent la fermeture du site, ce que vous contestez sur le fond, donc aujourd’hui vos objectifs consistent à faire en sorte qu’il y ait un accompagnement et que les salariés ne se retrouvent pas « tout nu » à la fin du processus ? 

On a parlé un moment de prise de participation dans le capital de PSA. Qu’en est-il de cette aide de 7 milliards qui a été fournie à PSA?

Ce n’est pas une prise de participation. PSA a obtenu deux choses : des subventions d’État qui peuvent se monter à 7000 euros par véhicule, cela profitera à tous les groupes automobiles, ce sont des centaines de millions d’euros donnés aux constructeurs automobiles. Pour PSA, sous prétexte que sa banque, PSA Finance, serait en difficulté ce qui est faux puisqu’elle a dégagé un bénéfice au premier semestre 2012 de 270 millions d’euros, l’État a répondu positivement à sa demande en accordant sa garantie à hauteur de 7 milliards d’euros sur les prêts contractés par le groupe. Une somme colossale. C’est ressenti par les salariés comme un scandale consistant à donner autant d’argent à un groupe qui annonce autant de licenciements. C’est un encouragement à des grandes sociétés comme PSA à procéder à des licenciements. On voit que le gouvernement n’offre aucune garantie sur les emplois par contre il est tout à fait prêt à offrir des garanties sur le maintien des profits à de grandes sociétés comme PSA.

Concernant une prise de participation qui fait l’objet de débats, son éventualité permettant à la puissance publique d’avoir son mot à dire sur le devenir de l’entreprise mais ce n’est pas cela mais juste une garantie des prêts contractés auprès d’organismes financiers ?

Oui, ce n’est que cela.

Passons à autre aspect, tu exprimes la position de ton organisation syndicale, mais qu’en est-il de l’unité syndicale qu’on peut constater dans ce conflit ? Elle se fonde sur quoi ? Elle peut perdurer jusqu’à quand ?

J’espère que l’unité syndicale se prolongera le plus longtemps possible, maintenant c’est vrai qu’il y a des divergences importantes. Entre le syndicat qui avait été monté par des cadres de Citroën il y a très longtemps d’ou est issu historiquement le SIA qui est pour négocier des mesures d’accompagnement. Nous ne sommes pas sur cette position, à la CGT nous sommes sur le principe de maintenir l’emploi et la première des garanties de maintenir l’emploi c’est le maintien de la production de la C3 sur le site jusqu’en 2016, ce qui laisse 3, 4 ans et d’ici là les cartes pourraient être rebattues. Et puis il y a des positions très minoritaires et très mal perçues par les salariés qui consistent à dire : non à la fermeture en refusant toute négociation et toute discussion visant à maintenir l’emploi. C’est la position du syndicat SUD qui a été fortement rejeté par les salariés, cette position est complètement incomprise des salariés.

La position de la CGT est donc de maintenir l’unité syndicale au-delà des divergences et avec responsabilité de mener cette lutte en accompagnant au mieux les salariés dans cette bataille…

La bataille principale c’est la garantie de l’emploi. Si nous pouvons discuter à un moment ou un autre la question d’indemnités pour ne pas se retrouver à la rue sans rien, notre priorité c’est de discuter du maintien de l’emploi. Soit dit en passant, du côté des entreprises il n’y a pas d’indécence, de honte à discuter d’argent par contre du côté des salariés cela serait honteux. Ceci dit nous on est sur le maintien de l’emploi qui passera d’abord par le maintien de la production de la C3. Entre le SIA qui dit c’est foutu on négocie et  Sud qui dit on ne discute rien et c’est non à la fermeture, nous nous situons sur la position : non à la fermeture en soi ça ne veut rien dire mais par contre il faut exiger qu’il y ait des productions et lesquelles, la C3 et après on peut discuter y compris quel type de modèle. Ca peut se recouper avec les interrogations écologiques, quel type de modèle il faut construire aujourd’hui, quel type de voitures la société a besoin, ça fait évidemment partie de la discussion. On ne s’interdit pas cette possibilité.

Au-delà de PSA, compte-tenu de la crise et des moyens financiers des ménages mais aussi de l’évolution du rapport à la voiture individuelle, de son usage, on assiste à un recul significatif des ventes voire un effondrement. Comment en tant qu’organisation syndicale vous appréhendez les questions de l’avenir d’une filière, de la propriété individuelle d’un véhicule, des modes de déplacement? Est-ce que ce n’est pas aussi l’occasion de rebattre toutes ces cartes ?

Il faut rebattre ces cartes la, mais elles ne sont pas du tout rebattues d’autant que le marché automobile est en pleine expansion, pas en Europe c’est vrai avec le recul des ventes, car le marché est considéré comme mature, mais au niveau mondial les perspectives de croissance du marché sont énormes et se chiffres en millions de véhicules. D’un autre côté, la question de société est posée : va-t-on continuer à se déplacer en voiture, avec les questions de pollution que cela pose, il faut aller vers une production de voitures non polluantes voire vers de nouveaux modes de transport où la voiture serait un complément mais pas le moyen de déplacement  principal. Mais force est de constater qu’aussi bien au niveau syndical que politique nous sommes quelque uns à poser le problème mais ce n’est absolument pas pris en compte par aucun des gouvernement ni par les constructeurs, c’est pris en compte à la marge pour la réduction du CO2, plutôt d’un point de vue commercial mais il n’y a pas de réelle prise en compte de cette question de société qui dépasse le cadre de la défense de l’emploi des salariés de PSA et notamment de Aulnay.

Vous êtes donc tout à fait prêt à poser cette question de société mais vous constatez que la position du gouvernement et des constructeurs s’accordent pour ne pas ouvrir cette question de fond ?

Oui, tout à fait.

Maintenant, après la réunion tripartite de Bobigny dont l’objet était d’établir un calendrier, un des premiers dossiers est de discuter de l’avenir des seniors ? Quel est aussi le calendrier des mobilisations ? On parle aussi beaucoup du site de  Rennes en France, en Europe ?

Au niveau de la tripartite aucun nouveau rendez-vous n’a été pris et la nous sommes vraiment furieux de cet état de choses. Il y a eu uniquement négociations avec PSA pour sur la question des pré-retraites, une vieille revendication syndicale pour laquelle nous sommes disposés à en discuter les conditions. Mais nous sommes dans un cadre qui n’est absolument pas satisfaisant car clairement le gouvernement essaie de se retirer du jeu pour nous laisser en tête à tête ave PSA. Il nous faut donc et c’est ta deuxième question il nous faut donc construire un rapport de forces à l’échelle de l’ensemble du groupe, avec Rennes, Mulhouse, Sochaux. Nous nous sommes vus cette semaine. Pour l’instant les actions prévues sont celles qui vont se dérouler dans le cadre de la mobilisation du 14 novembre, avec l’appel de la Confédération des syndicats européens.

Donc le processus tripartite initié est d’une certaine façon « mort-né » en deux réunions ?

Pour l’instant oui. C’est un sujet de discussion, il faut qu’on se remobilise pour dire que le gouvernement ne peut pas laisser faire une grande entreprise qui veut se débarrasser de 10 % de son personnel tout en recevant une aide de 7 milliards.

La réunion tripartite se conclue donc sans aucune date pour une nouvelle rencontre ? La puissance publique entendait pourtant jouer un rôle dans cette affaire ? Où se situe le blocage ? Trop de divergences ? Quel est rôle du gouvernement ?

Il n’a pas été possible d’établir une autre date ou un calendrier de discussion. Le seul calendrier établi est celui entre le syndicat et Peugeot pour le 15 novembre sur les préretraites. Le gouvernement clairement se retire du jeu et laisse PSA licencier sans aucun engagement sur quelque sujet que ce soit, ni sur les productions, ni sur les garanties d’emploi.

 

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