J moins 2. Michel Onfray en nouveau philosophe du bonnet blanc et blanc bonnet et le choix républicain de François Bayrou

Nous avons reçu hier de la part de la Dionyversité, l’université populaire de Saint-Denis, l’appel à voter blanc de Michel Onfray. Après son appel reproduit ci-après in extenso, nous faisons part des raisons de notre désaccord total avec l’esprit et les arguments défendus par Michel Onfray.

 « NOTRE ENNEMI C’EST NOTRE MAITRE » –

Voter blanc n’est pas s’abstenir, c’est dire son accord avec le jeu démocratique des élections, (même si l’on sait que la politique ne s’y réduit pas toute entière…) et, dans ce cadre, faire savoir qu’on ne souhaite pas porter ses suffrages sur l’un des deux candidats présents au second tour. Le socialiste libertaire que je suis ne saurait voter pour un libéral sous prétexte qu’il faudrait choisir entre deux modalités du libéralisme, voire entre deux libéralismes semblables portés par deux personnalités différentes.

Dans la configuration actuelle, et sur ce sujet de l’Europe libérale comme horizon indépassable de la politique nationale, Nicolas Sarkozy et François Hollande sont bonnet blanc et blanc bonnet : les deux hommes défendent depuis presque vingt ans les mêmes fondamentaux qui nous ont conduit là où nous sommes.

J’ai décidé de ne plus jamais voter pour un libéral qui fait de l’Europe le fin mot de la politique nationale. On le sait, ceux qui font les frais de l’Europe libérale bureaucratique célébrée par François Mitterrand et le Parti Socialiste depuis trente ans, sont les classes les plus modestes – qui, nous dit la sociologie politique, constitue le gros des troupes engagées derrière Marine Le Pen.

Pour autant, les opposants au libéralisme sont trop souvent des opposants aux libertés démocratiques. Pas plus que je ne souhaite porter mon suffrage sur un candidat libéral, je ne souhaite voter pour un antilibéral qui n’aimerait pas les libertés démocratiques fondamentales. Je tiens les gens qui citent Brasillach ou Robespierre, deux intellectuels liberticides, pour des personnes auxquelles je n’accorderai pas mon suffrage non plus.

Je ne soutiens pas ceux  qui ont des indignations sélectives et qui, fort justement, critiquent les uns qui ne sont pas démocrates, mais pour en soutenir d’autres, leurs adversaires, qui ne sont pas plus démocrates ! Je ne souhaite pas choisir entre la politique coloniale israélienne et le terrorisme théocratique palestinien, je ne veux pas choisir entre l’impérialisme américain et la dictature cubaine, pas plus que jadis je n’aurais choisi entre l’Union Soviétique de Staline et le Reich d’Hitler : je prends le parti de la liberté libertaire et non de la liberté autoritaire… Je refuse l’enfermement dans une pensée binaire qui contraint au manichéisme et interdit donc de penser. S’il m’avait fallu en leurs temps choisir entre Sartre et Aron, j’aurai choisi… Camus ! Ni la liberté sartrienne justifiant le goulag, ni la liberté aronienne justifiant Hiroshima, mais la liberté camusienne, la seule qui ne fasse pas fi des peuples dont Sartre et Aron finissent toujours par justifier qu’on les saigne un peu…

Voter blanc, c’est dire non au libéralisme, dire non aux antilibéraux qui n’aiment pas la liberté, et c’est dire oui au jeu électoral en sachant qu’en dehors de ces consultations, la politique peut se faire autrement : je crois à l’anarcho-syndicalisme, aux formules proudhoniennes alternatives à l’économie libérale comme la mutualisation, la coopérative, l’autogestion. Rappelons nous ces idées justes : « Il n’est pas de sauveurs suprêmes / ni Dieu, ni César, ni Tribun » et puis ceci « Notre ennemi c’est notre maître / voilà le mot d’ordre éternel ». Elles se trouvent aussi dans L’Internationale

Michel Onfray – 27 avril 2012

Jeudi 3 mai, la journée ne manque pas de paradoxes. Toute comparaison gardée entre les deux personnages de ce qui va suivre et en nous excusant par avance de ce qui pourrait apparaître comme une bizzarerie, un rapprochement incongru entre deux événements tant de choses séparant un libertaire proudhonien autogestionnaire d’un chrétien-démocrate bon teint, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur le plaidoyer de Michel Onfray en faveur du vote blanc et la prise de position à titre personnel de François Bayrou pour Hollande.

Dès le premier tour Michel Onfray avait fait part in fine de son refus de soutenir Jean-Luc Mélenchon sur qui il avait dans un premier temps envisagé de porter son suffrage.

Nonobstant son accord total, déclarait-il, avec « la politique intérieure » de Jean-Luc Mélenchon, les prises de position de ce dernier en faveur de Cuba, ses déclarations concernant le Tibet et la couronne de lauriers tressés à Robespierre, héros passé d’une révolution citoyenne à venir par le candidat du Front de gauche, avaient eu raison de l’engouement premier de Michel Onfray.

Après avoir tiré un trait sur le NPA, l’euphorie Besancenot étant retombée, en pleine campagne présidentielle Michel Onfray claquait la porte au nez du Front de gauche.

Nul ne saurait contester à Michel Onfray son droit le plus strict de refuser de cautionner les prises de position de Jean-Luc Mélenchon concernant Cuba et la situation faite aux tibétains.

Le régime cubain est un régime dictatorial et la politique chinoise d’annexion et de répression du peuple tibétain relève à tout le moins depuis 1949 du crime colonial. Qui peut le nier ?

Le procès en « robespierrisme » est d’une toute autre nature et nous dit autre chose. C’est là que le bât blesse. Nous y reviendrons.

Mais revenons d’abord à ce que nous dit Michel Onfray, à ce qu’il dit et écrit pour justifier le vote blanc auquel il appelle pour le second tour de la présidentielle.

« Voter blanc n’est pas s’abstenir, c’est dire son accord avec le jeu démocratique des élections, (même si l’on sait que la politique ne s’y réduit pas toute entière…)»

Michel Onfray souhaite donc pleinement « dire son accord avec le jeu démocratique des élections » rompant en cela avec une tradition libertaire qui s’est en de maintes occasions exprimée avec le célèbre « Élections pièges à cons ».

Mais point de soumission béate. Ni même de démission intellectuelle non plus chez Michel Onfray devant la démocratie représentative, notre philosophe s’empresse de rassurer le lecteur, qui militant, qui syndicaliste, qui précaire ou chômeur mais assurément de gauche (connaissez-vous beaucoup de gens de droite intéressé par le point de vue de Michel Onfray sur la présidentielle) n’avait pas perçu qu’au jeu démocratique des élections «  la politique ne s’y réduit pas toute entière…

Merci. Mais poursuivons.

« Le socialiste libertaire que je suis ne saurait voter pour un libéral sous prétexte qu’il faudrait choisir entre deux modalités du libéralisme, voire entre deux libéralismes semblables portés par deux personnalités différentes.

Dans la configuration actuelle, et sur ce sujet de l’Europe libérale comme horizon indépassable de la politique nationale, Nicolas Sarkozy et François Hollande sont bonnet blanc et blanc bonnet : les deux hommes défendent depuis presque vingt ans les mêmes fondamentaux qui nous ont conduit là où nous sommes.»

Donc, pesant sur les deux protagonistes de ce deuxième tour, le péché originel partagé, le crime commis à Maastricht, mère de toutes les turpitudes, induirait chez nos deux complices la politique du même, la répétition du pire.

La réversibilité d’une politique que chacun endosserait ainsi tour à tour ou simultanément. Bonnet blanc et blanc bonnet. Une autre figure de la gémellité chère à Marine Le Pen qui la décline elle en taxant les deux candidats de « frères siamois ».

Et bien non. Ni bonnet réversible, ni frère siamois dans cette affaire.

S’il est incontestable que de Maastricht en privatisations, de Traité constitutionnel en mécanisme de stabilité européen le candidat « socialiste » n’entend rompre avec la logique libérale, on ne peut tracer d’équivalence entre les politiques proposées aux choix des électeurs le 6 mai et renvoyer dos à dos les deux candidats au motif de leur engagement européen ne fut-il que libéral.

Il y a plus que le choix entre « deux personnalités différentes » auquel nous sommes conviés n’en déplaise à Michel Onfray à moins que sa radicalité de « socialiste libertaire » ne l’aveugle.

Bonnet blanc et blanc bonnet le paquet fiscal et un taux d’imposition à 75% des revenus au delà d’un million d’euros ?

Bonnet blanc et blanc bonnet les exonérations d’impôt et le rétablissement d’un impôt sur les successions ?

Bonnet blanc et blanc bonnet la négociation entreprise par entreprise  et le maintien de la primauté de la loi, du code et d’une durée légale du travail ?

Bonnet blanc et blanc bonnet la stigmatisation de l’étranger et le droit de vote aux étrangers ?

Arrêtons-là. Assurément un des bonnets a pris quelques couleurs. Au moment de l’enfiler nous avons donc le choix.

Ce qui est plus qu’inquiétant dans la position de Michel Onfray c’est finalement la sédimentation d’un système de pensée. Un volcan qui fait pschitt.

Consternant pour celui qui nous avait habitué à la complexité, à renverser les idées reçus, à penser à rebours des spécialités endormies, à faire front contre le conformisme.

Nous ne sommes plus chez le philosophe qui proposait une relecture iconoclaste de Nietzsche et redonnait vie intellectuelle à Georges Palante.

En quelques décennies nous sommes passés de Naissance de la tragédie à Misère de la philosophie bonnet blanc et blanc bonnet.

Sommes nous caricaturaux ? Inutilement méchants ?  Trêve de morale, d’empathie ou d’aversion, poursuivons l’analyse au-delà du bien et du mal.

Passons sur le propos quelque peu binaire et l’explication univoque qui ferait de l’Europe libérale l’unique creuset du Front National (créé en 1972) qui dès 1977 associe chômage, immigration et prône la préférence nationale. Passons sur le recul du FN de 2002 à 2007, passons sur la crise ouverte en 2008, passons sur le boulevard des idées extrêmes que lui a ouvert la droite, les Hortefeux, Guéant, Besson, Buissson et autres Ciotti, Vanneste et Mariani. Non sus à l’Europe libérale. On quitte là le blanc bonnet et bonnet blanc pour enfourcher le tout noir tout blanc.

Désolé, mais les temps aujourd’hui tristes et gris virent au brun.

Passons aussi sur « J’ai décidé de ne plus jamais voter pour un libéral qui fait de l’Europe le fin mot de la politique nationale.» Michel Onfray appelle-t-il de ses vœux une politique nationale ?

Michel Onfray adepte du « socialisme libertaire » dans un seul pays ? Les créateurs de l’Association internationale des travailleurs, proudhoniens en tête doivent se retourner dans leur tombe.

Et puisque nous parlons Histoire, c’est dans ce domaine que Michel Onfray, philosophe moderne du bonnet blanc et blanc bonnet atteint des sommets !

Brasillach, Robespierre ? bonnet blanc, blanc bonnet !

Sur le même plan la référence à la Révolution française marquée certes par la Terreur définit ainsi par l’Incorruptible : « La terreur n’est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible ; elle est donc une émanation de la vertu ; elle est moins un principe particulier qu’une conséquence du principe général de la démocratie, appliqué aux plus pressants besoins de la patrie » et l’abject : « Il faut se séparer des juifs en bloc et ne pas garder les petits » de l’antisémite Brasillach.

« L’Union soviétique de Staline et le Reich d’Hitler », bonnet blanc, blanc bonnet !

Stalingrad 1943 ? Broutilles. Michel Onfray serait parti à la pêche.

Anachronismes et inepties.

Inepties encore : « Je ne souhaite pas choisir entre la politique coloniale israélienne et le terrorisme théocratique palestinien ».

Soyons précis, en philosophie les choses claires s’énoncent clairement, de qui parle notre philosophe ?

Michel Onfray a-t-il vu, entendu au sein de la gauche française quiconque soutenir les attentats suicides des années 2000 en Israël quelles que soient les organisations qui les ont commis.

Le choix n’est pas entre la politique coloniale israélienne et le modèle théocratique islamique que porte le Hamas. Ici la confusion est à son comble.

Michel Onfray dénonce pourtant plus loin le piège intellectuel dans lequel il saute à pieds joints : « Je refuse l’enfermement dans une pensée binaire qui contraint au manichéisme et interdit donc de penser ».

Penser n’est pas se faire le porte-parole d’équivalences grossières dénués de tout sens historique mais porter un diagnostic irréfutable sur les raisons des désordres du monde.

Pas plus que la fin ne justifie pas les moyens, l’hautain retrait de ce qui fait conflit, de ce qui oblige à prendre position n’est justifiable.

Oui Michel Onfray, on peut souscrire pleinement à ce passage « Il n’est pas de sauveurs suprêmes / ni Dieu, ni César, ni Tribun ».

N’oublions pas la suite, elle a d’étranges résonnances avec l’esprit de ce quinquennat qui s’achève :

L’État comprime et la Loi triche,


L’impôt saigne le malheureux ;


Nul devoir ne s’impose au riche ;


Le droit du pauvre est un mot creux


C’est assez languir en tutelle,


L’Égalité veut d’autres lois ;


« Pas de droits sans devoirs, dit-elle


Égaux pas de devoirs sans droits. »

N’oubliez pas ce qui vous a motivé à créer L’Université populaire en ce funeste 21 avril 2002 où il s’agissait pour vous d’un acte de « micro-résistances » qui vous semblait indispensable et urgent.

Depuis les digues ont cédé. L’espace Schengen idéologique de la droite et de l’extrême droite est en voie d’expansion.

2012 devrait vous inquiéter bien plus que 2002. Etes-vous devenu aveugle, sourd dans cette campagne.

Le lapsus de Gérard Longuet ne vous suffit pas, vous en faut-il plus ?

Il y a plus de vingt ans, nous nous jetions sur vos ouvrages, nous vous avons tant apprécié, lu, écouté. Université populaire, université du goût, rien de tout cela ne nous est étranger, bien au contraire.

Plus que des « micro-résistances » nous avons goûté avec bonheur et gourmandise ces plats de résistance.

Il ne s’agit pas aujourd’hui d’un désamour. Peu à peu c’est un lent désenchantement, un effritement de la curiosité, des incompréhensions qui cèdent la place à la colère face à cette désertion politique.

Même protégé par votre athéisme,  votre posture fait de vous un stylite.

Michel Onfray, redescendez sur terre le 6 mai, avant 18H ou 20h et laissez en haut de votre colonne ce bulletin blanc qui fait tache.

J’en oubliais Bayrou, cet homme de droite placé au centre qui votera à titre personnel François Hollande en nous précisant bien qu’il n’est pas de gauche et qu’il n’a pas l’intention de le devenir. Pas de panique, nul n’est contraint à l’impossible.

Michel Onfray y verra là sans doute une preuve supplémentaire de la collusion entre libéraux. Français, européen, François Bayrou a fait le choix républicain.

Ce n’est pas rien.

 

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