Roms de Saint-Denis. Donne-moi ta main, camarade. J’ai cinq doigts, moi aussi. On peut se croire égaux.

Bidonville du Cornillon en 1963. © Fonds Pierre Douzenel

Regarde là, ma ville.
Elle s’appelle Bidon,
Bidon, Bidon, Bidonville.
Vivre là-dedans, c’est coton.
Les filles qui ont la peau douce
La vendent pour manger.
Dans les chambres, l’herbe pousse.
Pour y dormir, faut se pousser.
Les gosses jouent, mais le ballon,
C’est une boîte de sardines, Bidon.

Cette chanson de Claude Nougaro, écrite il y a quelques décennies reste encore d’une brulante actualité pour des millions de personnes sur la planète. Pas très éloigné de nous dans le temps, les bidonvilles de Saint-Denis, datant des années 60 ne furent éradiqués qu’à l’orée du milieu des années 1970, ce dont témoigne l’article de Cédric David intitulé Politique urbaine et redéfinition de la place des immigrants dans la ville (années 1960-1970) qui étudie les opérations de résorption de bidonvilles menées à Saint-Denis, en banlieue nord de Paris, de la fin des années 1960 au début des années 1970. Ces opérations d’urbanisme ont donné lieu à un important programme de construction de logements sociaux et ont rendu nécessaire le relogement de nombreuses familles d’immigrants installées dans ces bidonvilles. À ce titre, leur étude permet d’interroger un moment décisif de redéfinition de la place des « immigrés » dans une ville ouvrière historiquement peuplée par migrations successives. Cet article rend compte des importantes difficultés pratiques qui furent rencontrées. Il analyse les prises de position de la municipalité communiste en cherchant à les replacer dans le contexte de profondes évolutions sociales et politiques, ainsi que les interactions complexes entretenues avec les différents acteurs institutionnels impliqués dans cette politique urbaine. (résumé de l’article).

On peut trouver aussi sur le site de l’Acse une histoire du bidonville du Franc-Moisin. Terre d’accueil de diverses vagues d’immigration successives, la France n’offrait à ces migrants qu’une place dans une cahutte en bois, tôles et autres matériaux de fortune.

Pas d’eau courante, pas de réseau d’assainissement, ne parlons pas de l’électricité. Fuyant la misère, la répression pour certains des régimes de Franco et Salazar, d’autres pour échapper à l’enrôlement dans les guerres coloniales de l’ancien empire portugais, ils se retrouvaient tous aussi confrontés à l’indifférence à leur sort peu enviable, à l’inquiétude des populations autochtones (eux-mêmes issues de mouvements migratoires plus anciens), à la méfiance, aux préjugés, à l’hostilité ouverte ou masquée, voire à des attitudes ouvertement xénophobes ou racistes.

Puis le temps, la présence inlassable du mouvement associatif, la solidarité, la volonté sans faille des politiques permit d’extraire des dizaines de milliers de nos concitoyens de cet habitat indigne au cœur des nos cités, de notre ville, au sein de ce qui était l’une des cinq premières puissances mondiales.

Voir à ce sujet un document de l’Ina sur les bidonvilles du Franc Moisin et de Nanterre.

Aujourd’hui, à quelques décennies de distance ce sont les populations Roms qui réduites en esclavage il y encore quelques siècles, pourchassées, violentées, victime de la barbarie nazie, reléguées et discriminées sous les régimes totalitaires des pays de l’Est, plus encore depuis l’effondrement de ces régimes, sont venues chercher refuge ici ou là et y ont édifié de nouveaux bidonvilles.

Là aussi, occupant terrains vagues ou délaissés d’infrastructures routières, elles en sont chassées régulièrement sans qu’une politique ambitieuse et courageuse, s’inscrivant dans la durée, réunissant de multiples acteurs ne s’affrontent à cette douloureuse question.

Ca et là, quelques municipalités, souvent de gauche sinon exclusivement, ont mis en place des dispositifs d’accompagnement, des associations ont apporté soutien et assistance, les organisations non gouvernementales, en particulier dans le domaine médical, ont joué un rôle essentiel, permettant à ces personnes d’améliorer significativement leur état de santé.

Passage Dupont dans le quartier Cristino Garcia. © MR

Construction à La Briche. © MR

Voir à ce sujet l’étude menée par le Réseau scientifique de recherche et de publication Terra sur les villages d’insertion et du même réseau celle sur les Roms en Seine Saint-Denis.

Ainsi à Saint-Denis, présents depuis plus d’une décennie, des dizaines de familles ont été accompagnées, les enfants scolarisés, une convention signée en 2003 permettant l’accès aux services de base (eau, énergie, assainissement) à des centaines de personnes principalement au Hanul.

Les déclarations du président de la République Nicolas Sarkozy à l’occasion de son discours de Grenoble à l’été 2010 ont mis en lumière la situation faite à ces populations. L’opprobe jetée au plus haut niveau sur ces citoyens européens, bénéficiant de la liberté de circulation en Europe mais exclus du marché du travail a fait réagir avec diligence et fermeté la commission européenne. C’est de cette période peu glorieuse pour l’image de la France et du travail et interpellations répétées de parlementaires européens que des moyens ont été redéployés en direction des populations roms.

Un sommet des maires s’est réuni sur le sujet en septembre 2011 à l’initiative du Conseil de l’Europe. (sommet auquel la ville était représentée avec la participation de deux élus). Cette rencontre a donné naissance à un réseau de collectivités. Lire l’article que lui a consacré La Gazette des communes.

Sommet des maires sur les Roms, à Strasbourg le 22 septembre 2011. © MR

La Commission nationale consultative des droits de l’Homme vient de déplorer cette semaine l’absence de la part du gouvernement de «politique réelle» de lutte contre les « discriminations dont sont victimes les Roms ».

La commission, institution indépendante de promotion des droits de l’Homme et de conseil auprès du gouvernement a évoqué cette question dans le cadrte d’«plan national d’action contre le racisme et l’antisémitisme» présenté mi-février en conseil des ministres.

Une «stratégie du gouvernement français pour l’inclusion des Roms», a été adressée fin 2011 à la Commission européenne, à la demande de cette dernière.

Mais selon la commission ce texte «ne présente pas de réelle stratégie : il ne dégage pas de priorités, ne hiérarchise pas les objectifs, n’établit aucun critère de performance, reste muet sur les crédits nécessaires pour atteindre les objectifs et sur les moyens qui seront mobilisés».

«Les discriminations, les confusions et les amalgames entretenus à l’égard de ces populations (…) doivent être combattus par des mesures concrètes d’accès aux droits et par une volonté politique réelle», affirme la CNCDH.

En particulier la Commission regrette que l’élaboration de la «stratégie pour l’inclusion des Roms» n’ait pas été l’occasion «d’annoncer la levée immédiate des mesures transitoires » restreignant l’accès des ressortissants roumains et bulgares au marché du travail que la Commission qualifie de «discriminatoires».

Elle recommande ainsi plusieurs mesures : le «traitement accéléré des demandes d’autorisation de travail», l’«assouplissement des critères de durée de contrat et de niveau de rémunération» de même que la «possibilité d’inscription à Pôle emploi».

Voir aussi le rapport 2010-2011 de Romeurope ou sa synthèse ainsi que des extraits du Rapport du Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe « Les droits de l’homme des Roms et des Gens du Voyage en Europe ».

C’est dans ce contexte qu’il faut apprécier le travail mené par la municipalité, au cours des dernières années et particulièrement depuis l’installation des familles issues du campement du Hanul à La Plaine, dans le quartier Cristino Garcia. Passer du provisoire fut-il amélioré à un projet d’habitat pérenne accompagné d’une démarche d’autoconstruction avec l’accord des services de l’État pour des autorisations de travail concernant un vingtaine d’adultes constitue un tournant et un enjeu majeur pour ce combat.

Soulignons qu’heureusement les services de l’État adopte une autre attitude dans ce dossier que celle défendue par une partie des élus municipaux UMP et résumée violemment par le président du groupe Xavier Ducos-Fonfrède dans un article du Parisien daté du 24 mars :  » Le relogement des Roms n’est pas notre problème »!

Le groupe PS et Partenaires s’exprimant par la voie de Georges Sali rappelle lui dans le même article : « Il faut trouver des solutions concertées. Il n’y a aucune raison que les Dionysiens roms soient exclus de la commune ».

Menacés encore une fois d’expulsion, les habitants du campement de La Briche vont, avec la mise à disposition d’un terrain par l’État, rejoindre dans de meilleures conditions d’habitat le campement de la rue Voltaire. C’est un pas de plus franchi vers une solution construite et pérenne pour ces familles.

La gauche, toute la gauche et les écologistes s’honorent ainsi de soutenir et de construire avec et pour les populations Roms des solutions dignes de la République et de ses valeurs : liberté, égalité, fraternité.

PS : pour ceux à qui cette belle information ci-dessous aurait échappé :

Pour la deuxième année consécutive le concours des meilleurs apprentis de France a distingué une jeune femme d’origine rom, Cristina Dimitru, qui remporte la médaille d’or un an après Linda Mihai, dont l’histoire emblématique avait été rendue publique en décembre 2011.

Cristina, 18 ans, qui a passé plus de 18 mois dans une caravane sans eau ni électricité après son arrivée à Nantes en 2005 avec sa famille, avant de pouvoir accéder à des conditions de vie moins rudes, a reçu sa médaille jeudi sous les ors du Sénat à Paris, où se déroulait la remise des prix.

Mais comme Linda Mihai, 21 ans qui était lauréate du concours 2010, en catégorie «pressing» également, à l’heure où elle est distinguée parmi les meilleurs apprentis de France, Cristina n’a pas de papiers. «Même si j’ai beaucoup travaillé, je ne peux pas trouver un travail, ou passer mon permis, ou demander une bourse pour m’inscrire en Bac professionnel», a-t-elle regretté.

Les demandes de régularisation de la famille de Cristina, pourtant insérée – les deux parents travaillant comme saisonniers dans des entreprises de maraichage, et aujourd’hui logés dans un appartement -, ont toutes été rejetées depuis leur arrivée.

(Extrait d’un article paru dans Libération)

Pour finir à écouter ici la belle chanson de Claude Nougaro.


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