Un nouveau candidat UMP pour les législatives. Quelles références !

Le Parisien du 4 février annonçait l’investiture d’un nouveau venu dans le paysage politique dionysien :

(…) Sous la bannière UMP et Nouveau Centre, c’est Vijay Monany qui a été investi lors du conseil national de l’UMP pour être candidat dans la deuxième circonscription (Pierrefitte, Villetaneuse, Saint-Denis-Nord). A 30 ans, ce consultant en management et maître de conférences à l’institut d’études politiques de Paris affrontera le député (ex-PC) sortant Patrick Braouezec aux élections législatives des 10 et 17 juin.

Quelqu’un connaît ce candidat ? Et quel est donc son programme ? se demandait Sam sur le blog de Sans crier gare.

Question programme, il ne fait guère de doute qu’il ne devrait pas différer de celui du président, la vocation d’un membre de l’Union pour la Majorité Présidentielle étant, si les mots ont encore un sens, de défendre le programme du président.

Vous me direz, il y a des nuances. Certes. Mais en ce moment la tendance n’est pas à la nuance. C’est plutôt, pour faire court mais ça revient à cela : Etrangers ?, dehors ! Chômeurs, sus aux fainéants. Parlons pas bilan, parlons valeurs surtout quand on peut les décliner sur le mode « peurs, malheurs, rancœurs »…

Donc un nouveau candidat. Il se présente sur son blog comme « conseiller municipal UMP en Seine-Saint-Denis » et « chef de file de la droite à Pierrefite-sur-Seine ». En toute bonne logique on s’attend à retrouver ce leader de la droite élu à Pierrefitte… Que nenni ! Vous n’y êtes pas du tout. C’est qu’on peut-être leader de la droite à Pierrefitte et conseiller municipal au Blanc-Mesnil. Ballots que nous sommes ! Tout ça ne nous dit pas où Monsieur réside mais là on devient un peu désagréable. Sa page Facebook indique Paris mais ce Monsieur a sans doute inclus volontairement une clause de mobilité dans son parcours.

Donc, on n’en saura pas plus. (pour l’instant).

Ce serait mentir de ne s’en tenir qu’à cela. Mentir par omission, mais mentir tout de même. Car disons le tout de suite, le blog nous en dit plus. D’abord Monsieur a, comme on dit, des Lettres. Monsieur aurait-il fait Normale Sup ou tout du moins khâgne. C’est tout à son honneur.

Cela demande travail, rigueur, intelligence, ouverture d’esprit, culture, soif d’apprendre, bref un exemple de ce qu’on appelle la méritocratie républicaine même si depuis les écrits d’un certain Pierre dit Bourdieu, on sait ce qu’il en est de ce qu’on appelle « la reproduction sociale ». Mais, surtout, n’allons pas attribuer à ce Monsieur, que nous ne connaissons pas, le qualificatif d’ « héritier », ce serait là pécher par automatisme de pensée, ce qui serait stupide et stérile et l’on sait par ailleurs où mène l’anti-intellectualisme.

Héritier au sens bourdieusien du terme peut-être pas, mais ce Monsieur se réclame d’un héritage, certes paré des atours de la tradition littéraire, de la nostalgie d’un temps qui n’est plus, mais ce Monsieur – à qui de multiples références s’offraient parmi les khâgneux qui ont rejoint la rue d’Ulm– ne choisit pas des seconds couteaux, issus d’obscure promotion que leur génie aurait éclairé ; non Monsieur Vijay Monany, à l’âge de vingt ans, nous fait la confidence, (à trente ans) :  qu’avec deux amis – que je ne citerai pas pour ne pas les faire rougir – nous avions décidé de continuer l’oeuvre entamée soixante-quinze ans plus tôt par Maurice Bardèche et Robert Brasillach, nos ancêtres les khâgneux. Ils avaient, du haut de leurs vingt ans, décidé d’apporter une contribution – forcément précieuse – à l’histoire des hommes et à la société des lettres. Ils venaient de fonder une revue littéraire, Fulgur, qui signifie en latin, “éclair”.

Oui, vous avez bien lu Maurice Bardèche et Robert Brasillach. Je concède à ce Monsieur que Robert Brasillach savait écrire. Son ouvrage intitulé Notre avant-guerre est d’ailleurs un excellent témoignage du climat intellectuel de l’époque où se cotoyèrent nombres de personnages illustres qui partagèrent le génie des lettres avant que la guerre ne les déclarent ennemis pour toujours.

De nombreux normaliens, hommes de lettres, auraient pu inspirer Vijay Monany.

La liste est longue. Elle est de droite et de gauche. Paul Nizan, Jean-Paul Sartre, Raymond Aron, Maurice Merleau-Ponty, Thierry Maulnier, Simone Weill, Julien Gracq, Georges Pompidou, Roger Caillois, André Chastel, Jacqueline de Romilly, Aimé Césaire, Jean-Toussaint Desanti, André Mandouze, Maurice Clavel, Robert Escarpit, Louis Althusser, tous contemporains de cet Avant-guerre. Non.

Maurice Bardèche et Robert Brasillach, deux héraults de la collaboration, de l’antisémitisme et du négationnisme !

Monsieur n’a pas que des Lettres. En tant que consultant en management et maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris, il signait en juin 2011 un article dans Le Monde, intitulé – excusez du peu – « Comment vaincre le chômage ? « , Pas combattre, faire reculer, s’attaquer au chômage, non vaincre.

Je ne commenterai pas l’ensemble de son propos mais examinons juste une des idées développées par notre consultant en management. La compétence de suivi des demandeurs d’emploi est transférée aux collectivités. Citations :

« L’idée est la suivante : dès le lendemain de son inscription au Centre municipal afin de recevoir son indemnité chômage, le demandeur d’emploi serait convoqué par un agent qui lui formulerait la proposition suivante : « Souhaitez-vous que l’on vous aide dans vos démarches de recherche d’emploi où souhaitez-vous les effectuer par vous-même ? »

Si le demandeur d’emploi souhaite effectuer ses recherches d’emploi de façon autonome, on lui laissera trois mois pour le faire, période au cours de laquelle on ne lui demandera aucun compte.

Au bout de trois mois en revanche, il effectuera ses recherches au Centre municipal, où il passera 35 heures par semaine. Il y aura son bureau avec un ordinateur et un téléphone. Il s’inscrira à des ateliers de recherche d’emploi ou à des cycles de formation et tous les déplacements nécessaires à ses recherches seront pris en charge par la collectivité. »

Vous avez là encore bien lu. L’idée est effectivement lumineuse. Il faut s’ y mettre tout de suite.

Pour Saint-Denis, il s’agit donc de construire très rapidement a minima plus de 7000 bureaux individuels équipés d’un ordinateur et d’un téléphone dans lequel chaque demandeur d’emploi passera 35 heures à chercher un emploi, ses frais de formation et déplacements payées par la collectivité. Ne parlons pas d’un transfert de moyens, bien entendu pas abordé dans cette lumineuse proposition.

Comme quoi, on peut avoir des Lettres, enseigner à Sciences-Po, être consultant en management et pouvoir penser et écrire des énormités dans un journal dit de référence.

On accordera à Monsieur comme lot de consolation que construire environ 90 000 m2 de bureaux devrait donner un peu de boulot, ça c’est pas une découverte. C’est d’ailleurs un peu moins que ce qui sera lancée en 2012 comme travaux pour accueillir de nouvelles entreprises sur le territoire.

Bienvenue à Saint-Denis.




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