Comprendre et proposer pour combattre le Front National. La rencontre du 12 décembre avec les journalistes du Monde, Abel Mestre et Caroline Monnot.

La venue de Marine Le Pen le 8 janvier à Saint-Denis a donné lieu à une manifestation de protestation qui a réuni au plus fort de la participation aux alentours de 500 personnes. Partie de la mairie, avec un parcours qui a permis d’être visible en centre ville, la manifestation avait pour un de ses objectifs d’arriver au plus prêt du lieu de meeting du Front National.

De ce point de vue, ce fut une réussite même si l’on peut regretter que le parcours (choisi par le collectif anti-FN ? négocié avec les forces de police ? Imposé par les autorités ?) n’a pas été l’occasion, au départ de la Porte de Paris, de s’adresser à de nombreux habitants. Un itinéraire, certes plus long, empruntant les quartiers Bel Air et Franc-Moisin avant de rejoindre le Stade de France et l’avenue du Président Wilson l’aurait permis.

Une riposte était nécessaire, certes limitée mais réussie face à la venue du Front National dans la ville. Soulignons à cette occasion la très large participation d’organisations et d’associations réunis au sein du collectif. Une manifestation n’épuise bien entendu pas le sujet et c’est là que les difficultés perdurent.

Au-delà des considérations sur l’ampleur de la mobilisation, il convient surtout, si l’on veut s’attacher à combattre les idées du Front National, à resituer systématiquement, à la lumière des enseignements historiques, le rôle réel de ces forces politiques.

Balayons d’emblée l’idée d’une rupture entre le père et la fille. L’héritage est assumé, revendiqué. (video) et pour ce qui est de l’histoire du Front national, de ses origines, de sa création, en octobre 1972, à l’aube du premier choc pétrolier de 1973 qui ouvre la grande période de crise économique, point de départ de la montée du chômage de masse, voir l’excellent documentaire ci-dessous.

40 ans de Front national. Et aujourd’hui ?

Que répondre aujourd’hui aux propositions d’augmentations du SMIC de la part du Front National pour ne prendre que cet exemple quand le candidat du Parti socialiste entend donner du sens à la rigueur, que répondre à un discours qui fondé stratégiquement sur «  la préférence nationale » surfe aujourd’hui sur des propositions qui ne peuvent qu’apporter une certaine légitimité au discours frontiste. Nous en voulons pour preuve les positions ou postures d’Arnaud Montebourg sur la « démondialisation » ou les vieilles lunes du produire ou acheter français ?

Produire local, sans aucun doute. Développer des circuits courts. sans aucun doute aussi. Relocaliser l’économie. Développer des emplois non délocalisables, sans aucun doute encore. C’est une tout autre perspective que le « produire ou acheter français ».

Affirmer les nécessités aux frontières de l’Europe de mécanismes de protection fondées sur des clauses sociales et environnementales, oui. Interroger les raisons de la montée dans les classes populaires du vote, c’est non seulement nécessaire mais ce qui est indispensable c’est de répondre par des propositions politiques concrètes, durables, qui ouvrent des perspectives réelles pour sortir de la crise, du chômage de masse installé depuis près de 40 ans afin d’assurer l’accès de tous aux droits élémentaires.

Comment répondre efficacement sur le plan des propositions économiques, comment déconstruire inlassablement leurs capacités à étendre leur influence dans des secteurs importants de couches sociales, qui entre perte d’emploi, perte de pouvoir d’achat, difficultés en tous genres, marginalisation sociale et peur du déclassement pour les couches dites « moyennes » sont aujourd’hui convaincues que droite et gauche ayant échoué, donnent une sorte de quitus au discours frontiste contre le « système UMPS ».

Combattre le Front national. (document à télécharger)

Comment combattre efficacement sans se donner les moyens de comprendre ce qui structure la progression de ses idées dans de larges couches de la population. Voir à ce sujet l’excellente suite d’article publiés dans Mediapart. J’en profite pour faire un peu de pub pour ce media, l’article n’étant accessible qu’aux abonnés (0,30cts /jour).

Comment répondre efficacement, sans revenir aussi systématiquement sur le rapport à la démocratie de cette force politique, la nature réelle des mesures prises lors de l’accession au pouvoir de ces forces : restriction des libertés d’association et d’expression, restrictions des droits des travailleurs, mesures discriminatoires, restriction des droits de la presse, restriction des droits parlementaires, substitution de régime d’exception au droit commun…

L’exemple nous en est donné aujourd’hui de la part du régime hongrois dominé par le Fidesz de Victor Orban sans qu’à cette dangereuse évolution de la situation ne soit opposée une riposte à la hauteur. Une mise en garde avait été adressée publiquement dès le début de l’année en janvier 2011 au Parlement européen, puis à nouveau en juillet 2011.

Rappelons au passage les liens entre le Jobbik, parti situé à la droite du Fidesz, avec le Front National, les alliances acquises ou recherchées avec l’extrême-droite européenne ainsi que les réseaux (video La Face cachée du Front National) qui accompagnent le Front national.

Alors, Le Front National est-il un parti comme les autres ?

Oui, si l’on entend la notion de parti comme une organisation développant un ensemble de propositions qu’elle vise à mettre en œuvre.

Non, et mille fois non, si l’on a quelque respect pour ce que nous enseigne l’histoire.

Au nom de la démocratie, du peuple, du sol ou du sang, en désignant un groupe social comme à l’origine de tous les maux, en désignant les institutions comme corrompues, les élites comme n’appartenant pas ou plus vraiment à la nation ou trahissant l’intérêt national, l’étranger comme ennemi ou présence qui capte, accapare ou détourne les ressources financières du pays, ces forces politiques ont prospéré sur un mythe : celui du rassemblement d’un vrai peuple devant régénérer une démocratie moribonde.

Tout cela s’achevant par l’arbitraire, la disparition de la démocratie, le coup de force, le déchainement de la force brutale et meurtrière.

Qu’est ce qui fait aujourd’hui la prospérité des « vieilles recettes mortifères » si ce n’est le fait que la crise est leur meilleur terreau et que la porosité des idées entre l’extrême-droite et la droite s’est considérablement accrue ces cinq dernières années. Une véritable rupture de ton, de discours qui se sont opérés au cours des années Sarkozy. Voir à ce sujet les prémices assumées d’une recomposition de la droite.

Lepénisation des esprits, légitimation accrue.

Un exemple :  qui pouvait imaginer qu’on puisse inviter Jean-Marie Le Pen à un débat sur la liberté de la presse il y a quelques années ? C’est aujourd’hui le cas pour Marine Le Pen, invité par Reporters sans frontières. Cela permet de mesurer le chemin parcouru d’un parti qui peu à peu tisse sa toile.

La soirée du 12 décembre organisée par le Collectif anti-Le Pen.

(Un problème technique affecte le niveau de son de la cinquième partie qui nécessite l’utilisation d’un casque. Veuillez nous en excuser).

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