17 décembre 2010, l’embrasement du monde arabe. Témoignages et analyses : le débat du 29 novembre en mairie de Saint-Denis sur le thème « Printemps arabe et révolutions »

Mohamed Bouazizi, (1984 -2011).

[…] C’était un matin de décembre ensoleillé. Un 17 décembre. Dans sa tête beaucoup d’images se précipitèrent dans une grande confusion : sa mère alitée, son père dans le cercueil, lui à la faculté des lettres, Zineb souriante, Zineb en colère, Zineb le suppliant de ne rien faire, sa mère qui se lève et le réclame ; le visage de la femme qui l’a giflé ; qui le gifle de nouveau ; son corps penché en avant comme s’il se donnait à un bourreau ; le ciel bleu ; un arbre immense qui le protège ; lui dans les bras de Zineb sous l’arbre ; lui enfant en train de courir pour ne pas rater l’école ; sa prof de français qui lui fait des compliments ; ses examens à la faculté, le diplôme montré à ses parents ; le diplôme accroché à une pancarte sur laquelle est écrit «chômeur»;  son diplôme qui brûle dans l’évier chez lui ; de nouveau l’enterrement de sa père ; des cris, des oiseaux, le Président et sa femme avec d’immenses lunettes noires ; la femme qui le gifle ; l’autre qui l’insulte… un cortège de moineaux traversant le ciel ; Spartacus ; une fontaine publique ; sa mère et ses deux sœurs qui font la queue pour prendre de l’eau ; de nouveau les flics le brutalisant ; des insultes ; des coups ; des insultes ; des coups…

Une dernière fois il demanda que le maire le reçoive. Refus et insultes. Le concierge le poussa avec son gourdin et le fit tomber. Puis Mohamed se releva en silence. Il alla se poster juste en face de l’entrée principale de la mairie, sortit la bouteille de gasoil de sa sacoche, s’aspergea de haut en bas, jusqu’à ce que la bouteille soit vide. Ensuite, il alluma son briquet Bic rouge, regarda une seconde la flamme et l’approcha de ses habits.

Le feu prit tout de suite. Quelques minutes. La foule accourut. […]

Extraits du livre de Tahar Ben Jelloun, Par le Feu, Gallimard.

Dans le sillage de la foule qui accourut, il y a presque un an, jour pour jour, autour du corps enflammé de Mohamed Bouazizi, ce sont des foules entières, par millions, qui se sont levées pour conquérir leur liberté.

C’est pour rendre compte de ce printemps arabe né en décembre 2010 que s’est tenue le 29 novembre en mairie, une soirée-débat consacrée à ces révolutions qui sont encore en cours dans le monde arabe. Tunisie, Egypte, Libye, Yemen, Maroc, Bahreïn, Algérie, Syrie… Des dictatures sont tombées, aucun pouvoir n’a été à l’abri de ce mouvement, manifestations prolongées, « réformes préventives », changement de gouvernement, aucun pays n’a été épargné par cette secousse tellurique qui, partie de Sidi Bouzid en Tunisie, a déferlé dans l’ensemble du monde arabe.

Aujourd’hui tous les regards sont tournés vers la Syrie, où plus de 5000 personnes sont tombés sous les balles et les tirs à l’arme lourde du régime de Bachar El Assad.

Une soirée-débat présentée par Jean Bellanger pour ETCV (Ensemble, vivre, travailler et coopérer) et qui fut précédée de quelques mots du maire, Didier Paillard, en soutien à cette initiative.

Ci-après, les différentes interventions des participants.

Kamel Jendoubiprésident de l’Instance supérieure Indépendante des Élections en Tunisie -ISIE-

Mohiédine Cherbibmembre du Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie – CRLDHT –

Tarek Ben Hiba, président, Fédération Tunisienne des Citoyens des deux Rives

Les témoignages de 3 militants marocains. 

Sofia Lahrach, du Mouvement marocain du 20 février

Un témoignage sur les politiques de coopération avec Saint-Denis.

Le poëte franco-irakien Saadi Bahri  a conclu la soirée par la lecture de poëmes.


Publicités