Les perspectives de l’OFCE pour la France : austérité consolidée. Pour l’international : retour en enfer ?

Austérité consolidée pour les perspectives économiques en France pour 2012 et le retour en enfer pour les tendances de l’économie mondiale sur la même période. Il faut lire les publications des instituts de conjonctures économiques.

L’intérêt c’est qu’elle nous prémunisse contre tout optimisme béat ou une de ses variantes : la politique de l’autruche. On vous annonce la couleur, cash, sans détours, d’une manière froide, documentée, sans affects. Ca permet de savoir à quelle sauce les peuples vont être mangés dans les mois et les années qui viennent.

Merci de nous avoir prévenu. Notons tout de même au passage de la part de cet organisme la condamnation des politiques d’austérité qui, au nom de la réduction des déficits, sont à la fois inefficaces en la matière et de surcroît totalement contre-productives en réduisant à néant le peu de marge de croissance du PIB et donc les recettes fiscales afférentes.

Approche partagée par un gauchiste bien connu, un certain Jacques Delors qui, dans un entretien au Monde, le 18 octobre, employait des propos assez étonnants en répondant à la question suivante :

Que pensez-vous des remèdes imposés à la Grèce ?

On assiste au retour en force de l’esprit du consensus de Washington et des anciennes pratiques du FMI : « Apprendre aux pays en difficulté à mourir guéri ». En trois ans, la Grèce aura perdu plus de 10 % de son produit intérieur brut (PIB). Quel effort raisonnable peut-elle réaliser dans ces conditions pour réduire son déficit ?

On lui demande de privatiser, mais qui ne connaît les vautours du marché ? Comment voulez-vous qu’un pays aux abois négocie au mieux ses privatisations ? Il aurait fallu mettre ses entreprises publiques dans une structure, les évaluer à un prix raisonnable, donner l’argent correspondant aux Grecs et consolider ces actifs et les vendre au bon moment. C’est du bon sens.

Qui ne connaît les vautours du marché ? On se pince, ce n’est pas Jean-luc Mélenchon ou Philippe Poutou du NPA qui s’exprime, c’est bien Jacques Delors, c’est dire la situation !

Des extraits choisis des deux dernières livraisons de l’’Observatoire français des conjonctures économiques.

France : austérité consolidée, Perspectives 2011-2012 pour l’économie française

En moyenne annuelle, l’économie française devrait croître de 1,6 % en 2011 et de 0,8 % en 2012. Cette performance est particulièrement médiocre et très éloignée du cheminement normal d’une économie en sortie de crise. Trois ans après le début de la crise, le potentiel de rebond de l’économie française est important: il correspondrait à une croissance spontanée moyenne de près de 3,8 % l’an au cours des années 2011 et 2012, permettant de rattraper, 5 ans après le début de la crise, l’écart de production accumulé. Mais cette reprise spontanée va être freinée principalement par la mise en place de plans d’économies budgétaires en France et dans l’ensemble de ses pays partenaires européens. Cette stratégie de consolidation budgétaire, imposée par la Commission européenne face à la forte dégradation des finances publiques au cours de la crise, devrait amputer de près de 2 points de PIB l’activité en France au cours des années 2011 et 2012. Un second choc, lié à l’envolée des prix des matières premières, limitera le rebond de croissance : absorbé principalement par les ménages, ce choc inflationniste pèsera sur leur pouvoir d’achat et limitera leurs dépenses. Ce mécanisme, également à l’œuvre dans les autres pays occidentaux provoquera un ralentissement de leur économie et donc de leur demande adressée à la France. Au total et en cumulé, le choc inflationniste coûtera 1,3 point de croissance à l’économie française au cours de la période 2011-2012. En s’établissant à un rythme éloigné de son potentiel, la croissance attendue accentuera le retard de production accumulé depuis 2008 et continuera à dégrader la situation sur le marché du travail. Le taux de chômage augmenterait régulièrement au cours des six prochains trimestres, pour s’établir à 9,3 % fin 2011 et à 9,7 % fin 2012, après 9,1 % au deuxième trimestre 2010. Par ailleurs, le gain budgétaire attendu par le gouvernement de la mise en place de la stratégie de consolidation – objectif de déficit des APU à 4,5 % de PIB en 2012 – sera en partie rogné par le manque à gagner du côté des recettes fiscales en lien avec cette faible croissance. Le déficit des administrations publiques devrait s’établir respectivement à 5,8 % du PIB et 5,2 % en 2011 et 2012, après 7,1 % en 2010, portant la dette publique à 85,6 % du PIB en 2011 et à 89 % en 2012, contre 82,3 % en 2010.

Retour en enfer ? Perspectives 2011-2012 pour l’économie mondiale

Mais le piège se referme sur l’Europe. À court terme, les mesures de redressement budgétaire, généralisées dans tous les États membres, provoquent un ralentissement de la croissance. Ce ralentissement s’amplifie parce que ces économies sont interconnectées, ce qui augmente les multiplicateurs budgétaires. Les efforts de réduction des déficits sont alors presque entièrement absorbés par le creusement de l’écart de production qui accroît le déficit conjoncturel (voir infra et l’étude spéciale « L’infernale arithmétique de la dette publique » dans ce dossier). La réduction des déficits publics espérée est réduite à presque rien et les créanciers que l’on souhaitait rassurer s’en inquiètent. Une croissance plus forte soulagerait les perspectives budgétaires et pourrait inverser le jugement sur la solvabilité des différents États. La Grèce illustre ce diagnostic sans appel : le pays s’enfonce dans une récession sans précédent, doublée d’une dissolution de son économie visible et, malgré un redressement budgétaire inimaginable il y a quelques années, reste vue comme insolvable. Il en résulte une montée des taux d’intérêt souverains, s’établissant à plus de 20% après avoir été inférieurs à 4% avant 2008, qui rend illusoire le recours aux marchés pour financer son déficit public. La Grèce doit compter sur ses partenaires, résolus à contrôler les déficits publics, y compris grecs, quelles qu’en soient les conséquences sur la croissance. Dans le scénario où les gouvernements tiennent à respecter leurs engagements budgétaires quelle que soit la conjoncture, chacun de ces pays adopterait un nouveau plan d’austérité dans les mois à venir (voir étude spéciale « L’infernale arithmétique de la dette publique » dans ce dossier). Le choc sur l’activité de ces pays serait alors massif : il provoquerait en 2012 une récession violente avec une chute de -3,9 % de l’économie italienne (contre -5,1 % en 2009), de -2,6 % de l’économie britannique (contre -4,9 % en 2009). La récession serait proche de -1,6 % en France et en Espagne alors que l’économie allemande baisserait plus faiblement (-0,3 %).

Le pire est à venir

La synchronisation des plans d’austérité a encore compliqué la tâche des autorités grecques qui était déjà très délicate : le premier plan d’aide de 2010 lui impose en effet des objectifs de déficits publics difficiles à atteindre dans un contexte conjoncturel très dégradé, sans qu’elle puisse compter sur le dynamisme du commerce avec ses partenaires. Les mesures d’austérité mises en œuvre depuis 2010 ont ainsi enfoncé le pays dans la récession (voir Annexe 1), avec déjà deux années de forte baisse du PIB (2009 : -2,3 % ; 2010 : -4,4 %), sans que les objectifs de réduction de déficit soient atteints. La situation budgétaire à moyen terme de la Grèce est soutenable si elle retrouve rapidement son sentier de croissance potentielle. En 2011, le solde structurel primaire est supérieur au solde primaire qui stabilise la dette ; le constat est simple : la Grèce doit en premier lieu arrêter d’empiler les plans d’austérité. Ensuite, un choc de confiance est nécessaire pour que le plan de juillet 2011 (de restructuration de la dette publique) porte ses fruits. Il passera nécessairement par un soutien à la croissance de l’économie grecque.

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