« L’austérité n’est pas une fatalité » : cinq propositions pour répondre à la crise

Face à la gravité de la situation et la fuite en avant des gouvernements, Eva Joly a tenu une conférence de presse, à Clermont-Ferrand, pendant les Journées d’été d’Europe Ecologie – Les Verts. La candidate à la présidentielle y a décrit les leviers existant pour imposer un nouveau cours à la finance internationale. Le contenu de cette conférence de presse retranscrit ici est enrichi par de nombreux renvois (sous formes de liens) à des sujets cruciaux de l’actualité économique et politique. Ces liens ont pour objectif de faire connaitre les solutions proposées par les écologistes pour faire face à la crise et de rendre compte des débats au sein de la gauche.

C’est la fin du capitalisme d’endettement que l’on observe,  instauré pour doper artificiellement la croissance. Cet endettement, la droite et la gauche l’ont également creusé pour contrebalancer la montée du chômage ou la mise en concurrence des systèmes sociaux et fiscaux dans le cadre de la mondialisation.

À la fuite en avant, les écologistes préfèrent la responsabilité. La croissance des trente glorieuses ne reviendra pas, et eux seuls peuvent l’appréhender car ils ont toujours été critiques d’un modèle de développement qui nie la finitude du monde, gaspille les ressources et nous conduit à une autre faillite : la faillite écologique. Par leurs combats, ils ont été les premiers à s’attaquer aux paradis fiscaux, à l’économie casino, à la concurrence fiscale, et à formuler un projet européen ambitieux.

Voici les cinq mesures présentées lors de cette conférence de presse :

1. Un livret vert pour préparer l’avenir et créer des emplois en luttant contre le gaspillage

« Mon approche est celle de la soutenabilité globale, financière mais aussi écologique et sociale. Le besoin de financement de la conversion écologique de l’économie est de 50 milliards d’euros par an, dont environ deux tiers rentables d’un point de vue strictement financier. L’investissement privé est la réponse à ce gaspillage : nous devons ainsi insuffler une vague massive d’investissements dans l’isolation des bâtiments pour faire baisser les factures énergétiques et créer des centaines de milliers d’emplois non délocalisables.

Si j’étais présidente, je créerais immédiatement un livret vert géré par la Caisse des dépôts, alimenté par l’épargne des français, pour investir dans cette lutte contre gaspillage. Dans le même temps, j’inviterais mes partenaires européens à lancer un programme européen d’investissement.

Pour les investissement non rentables, nous mettrons un terme aux dépenses publiques anti-écologique et conditionnerons les dépenses existantes (par exemple en recentrant le crédit d’impôt recherche sur les PME et l’innovation écologique) »

2. La double réforme fiscale : la justice et l’environnement

« Des voix s’élèvent parmi les très riches pour être taxés davantage. Cela valide nos analyses. Si j’étais présidente, le collectif budgétaire que je présenterais fin août comprendrait un paquet fiscal de 20 milliards d’euros portant sur les plus aisés. Revenir sur les baisses d’impôts qui n’ont produit qu’un seul effet, l’augmentation des inégalités, est simplement du bon sens.

Par ailleurs, les dividendes et les bonus versés par les banques feront l’objet d’une taxation exceptionnelle. Elles doivent en effet en priorité renforcer leurs fonds propres et prêter à l’économie réelle pour relancer l’activité. Leurs profits seront également taxés pour leur faire payer l’instabilité financière.

Enfin, la fiscalité environnementale en France est parmi les plus faibles d’Europe. Cet outil permet pourtant de lever des financements en mettant un terme au dumping écologique. Nous avons là de l’ordre de deux points de PIB de marge de manœuvre.

Ces solutions sont non seulement justes, elles sont également adaptées. Contrairement à la doxa gouvernementale avec sa règle de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, qui affaiblit les services publics et économise de l’ordre de 400 millions d’euros par an seulement. »

3. Adopter en France la loi américaine contre l’évasion dans les paradis fiscaux

« L’évasion dans les paradis fiscaux coûte chaque année 30 milliards d’euros à l’Etat. Mettre fin à ce scandale est pour moi une priorité absolue. Ma méthode est celle du président Obama aux Etats Unis : la loi FACTA stipule que, pour conserver sa licence, n’importe quelle institution financière dans le monde qui détient un compte d’un citoyen américain doit en référer au fisc américain. Les revenus de ce compte sont taxés au taux américain.

Si j’étais présidente j’adopterais une telle loi en France, valable au 1er janvier 2012. Et j’inviterais mes partenaires européens à faire de même. »

4. Mon arme de dissuasion massive contre la spéculation : la mutualisation des dettes

« Aujourd’hui les marchés financiers schizophréniques dictent aux Etats leur politique économique et par une prophétie auto-realisatrices créent des dynamiques de la dette insoutenables. La recette de l’austérité bête et méchante a montré ses limites.

Voilà 18 mois que de sommet en sommet, nos gouvernements tergiversent et avancent à vitesse d’escargot vers une destination connue de tous. L’Europe est aujourd’hui à la croisée des chemins et face à un choix simple : Soit nous abandonnons l’euro et ce qu’il signifie pour l’avenir de la construction Européenne, soit nous complétons l’union monétaire par un grand bond en avant institutionnel et politique dont la création d’un trésor européen, l’émission d’eurobond n’en serait que le gage technique.

Dans ce cadre les états membres pourront émettre, en l’échange d’engagements fiscaux de long terme, toute leur nouvelle dette à travers ce trésor où les dettes seront conjointement émises et garanties. »

5. Un audit européen des dettes publiques

« Les citoyens européens ont le droit de savoir d’où viennent les dettes publiques. Si j’étais présidente je demanderai à la commission européenne de réaliser, avec le concours d’économistes, de syndicalistes, de représentants d’ONG, un audit indépendant de l’endettement public des Etats membres. Qui a bénéficié de la dette, qui s’est enrichi ? L’Europe est à la fois à la zone du monde qui possède les droits sociaux les plus élevés et où la concurrence fiscale est la plus élevée. Cette situation n’est pas soutenable pour les finances publiques. Soit l’on renonce aux droits sociaux, soit l’on met fin à la concurrence fiscale. Mon choix est clair. »

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